La révélation par la presse de centaines de rulings fiscaux luxembourgeois controversés met dans l'embarras Jean-Claude Juncker, l'ancien Premier ministre du Grand-Duché, qui vient de prendre ses fonction de président de la Commission européenne. Pressé de questions des journalistes européens jeudi midi, son porte-parole Margaritis Schinas a botté en touche. Interrogé sur son rôle dans la mise en place du système fiscal qui a permis à de nombreuses multinationales et familles fortunées d'obtenir des taux d'imposition favorables, le porte-parole de M. Juncker a renvoyé la balle aux autorités luxembourgeoises actuelles. "M. Juncker est le président de la Commission européenne", a-t-il répété inlassablement.

Il a également refusé d'indiquer si Jean-Claude Juncker apporterait des éléments d'information dans le cadre de l'enquête que coordonnent ses services contre un certain nombre de rulings. "Ceux qui doivent fournir les réponses, toutes les réponses, ce sont les autorités luxembourgeoises", a-t-il dit.

Le précédent commissaire à la concurrence, Joaquin Almunia, a ouvert des enquêtes visant des décisions fiscales anticipées (rulings) rendues par le Luxembourg, mais aussi les Pays-Bas et l'Irlande, en faveur de plusieurs entreprises. Amazon, Fiat Finance and Trade (Luxembourg), Apple (Irlande) et Starbucks (Pays-Bas) pourraient devoir rembourser des avantages fiscaux qui seraient considérés comme des aides d'Etat illégales. L'enquête est désormais entre les mains de la Danoise Margrete Vestager, qui n'a pas exclu d'élargir le champ des investigations. Interrogé mercredi à ce sujet, Jean-Claude Juncker a déclaré qu'il "ne la freinerait pas". "Je trouverais ça indécent", a-t-il précisé.

Mais la révélation des Luxembourg Leaks met davantage la pression sur celui qui a dirigé le Luxembourg, en assurant aussi le poste de ministre des Finances, pendant près de 20 ans. Son porte-parole a d'ailleurs concédé que les fuites renforçaient le plaidoyer pour une plan d'harmonisation fiscale en Europe. "La réponse est oui, mais la Commission Juncker a commencé le travail lundi matin", a-t-il dit.

Comme les Etats-Unis, l'Europe s'est attaquée plus sérieusement à l'évasion fiscale à la suite de la crise économique et financière. Elle a notamment progressé dans l'échange d'informations sur les revenus financiers des personnes. En matière d'impôt des sociétés, des rulings controversés sont désormais ciblés par le biais des règles de concurrence. Certaines niches propices à l'optimisation agressive, comme les montages "hybrides", ont été démontées. Mais l'harmonisation de l'assiette, le grand dossier de l'harmonisation, reste au milieu du gué, en raison notamment de l'opposition de plusieurs Etats membres.