Sous le feu des critiques de l'opposition, Emmanuel Macron est monté en première ligne lundi pour défendre la "réponse de sécurité" qu'il entend apporter aux "dysfonctionnements" apparus lors du saccage samedi des Champs-Elysées qui a relancé la crise des "gilets jaunes" dont il voulait sortir par le grand débat.

Après les violences sur les Champs-Elysées qui l'ont obligé à écourter son séjour au ski, le chef de l'Etat a réuni lundi à 11h30 son Premier ministre Edouard Philippe ainsi que ses trois ministres chargé de l'Intérieur et de la Justice -- Christophe Castaner, Laurent Nuñez et Nicole Belloubet, avec leur directeur de cabinet, ainsi que le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler et le directeur de cabinet du chef de l'Etat, Patrick Strzoda.

Au total, une douzaine de personnes se sont assis autour d'une grande table ovale dans le "salon vert" de l'Elysée et ont gardé un lourd silence pendant que des photographes et cameramen filmaient, comme d'habitude, les premiers instants de la réunion.

Emmanuel Macron estime "que la seule réponse possible est une réponse de sécurité" face à cette nouvelle explosion de violence, a commenté l'un des ses proches. Le chef de l'Etat est "très déterminé" à faire en sorte que les actes de violences s'arrêtent et estime qu'il n'y a "pas de dialogue possible avec ce noyau dur extrémiste", selon la même source.

Aucune prise de parole n'était prévue à l'Elysée à l'issue de cette réunion de crise. Matignon, qui a reconnu dimanche des "dysfonctionnements" du dispositif de sécurité face à une flambée de violence qui renvoie à un niveau de tension connu en décembre, avec le saccage de l'Arc de Triomphe, est en charge de coordonner une éventuelle communication, selon l'Elysée, mais il n'est pas certain qu'elle ait lieu dès ce lundi.

Chaine de commandement

Le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Laurent Nuñez est monté d'un cran dans l'autocritique lundi sur RTL en admettant un "échec" et en déclarant vouloir se pencher sur les responsabilités de la "chaîne de commandement".

Ses déclarations devraient relancer les spéculations sur un prochain départ du préfet de police de Paris, Michel Delpuech, régulièrement donné partant entre affaire Benalla et polémiques à répétition sur la gestion de l'ordre public dans la capitale.

Mais c'est le président de la République et surtout le ministre de l'Intérieur qui sont directement mis en accusation par les Républicains. Après Lydia Guirous dimanche, c'est une autre porte-parole LR, Laurence Sailliet, qui a réclamé lundi la démission de M. Castaner

Dans un texte publié sur sa page Facebook, Laurent Wauquiez, président des LR, accuse le président Macron, et Christophe Castaner d'avoir "sous-estimé la violence" et de ne pas avoir apporté de "réponse à la hauteur de la crise".

Emmanuel Macron "a donné un permis de casser aux casseurs", a dénoncé le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau auprès de l'AFP, évoquant un "Notre-Dame-des-Landes sur les Champs-Elysées".

Christophe Castaner et son homologue pour l'Economie Bruno Le Maire devront s'expliquer mardi devant les commissions des Lois et des Affaires économiques du Sénat sur ces violences et leurs conséquences économiques.

M. Le Maire recevra en outre lundi à Bercy des représentants des secteurs d'activités touchés, alors que le Premier ministre s'entretiendra mardi avec la maire de Paris Anne Hidalgo, qui avait demandé à le voir après les nouveaux saccages.

L'opposition invite le gouvernement à frapper fort. Il faut "interdire les manifestations" de "gilets jaunes" dans toute la France pour éviter de nouvelles flambées de violence, a estimé Frédéric Péchenard, vice-président (LR) de la région francilienne en charge de la sécurité.

L'indignation est générale après les images de pillages et d'incendie du restaurant Fouquet's, de magasins ou d'une succursale bancaire des Champs-Elysées, vitrine de la France à l'étranger, qui ont tourné en boucle dans les médias.

Des violences dévastatrices pour l'image de l'exécutif, d'autant que certains médias les juxtaposaient à celles du chef de l'Etat en week-end de ski à La Mongie et à celles du ministre de l'Intérieur embrassant une jeune femme lors d'une soirée dans une discothèque parisienne la semaine précédente.

"Accélérer la réponse"

Les violences font leur retour au premier plan alors que le gouvernement espérait sortir de la crise avec le grand débat national pour lequel le président n'a pas hésité à mouiller la chemise, enchaînant débats-marathons avec élus et citoyens.

Lundi soir, M. Macron devait dans ce cadre échanger avec une soixantaine d'intellectuels à l'Elysée.

L'exécutif vante une "réussite" pour le gouvernement, avec plus de 10.300 réunions locales et de 1,4 million de contributions sur le site dédié.

Il s'est donné jusqu'à la mi-avril pour décider ce qu'il compte faire des très nombreuses propositions qui ont émergé. Mais le gouvernement devra "accélérer certainement la réponse", a avancé sur BFMTV Nadia Bellaoui, l'un des cinq garants du grand débat.