De passage au Canada, en juin dernier, Hillary Clinton avait confié, lors d’une réunion privée, qu’elle aimerait vraiment voir, de son vivant, une femme accéder à la présidence des Etats-Unis. Le fait est que beaucoup croient que cette femme, ce sera elle. Et l’ex-secrétaire d’Etat est peut-être la première à le penser.

Barack Obama a été réélu il y a moins d’un an et la prochaine échéance présidentielle est fixée au 8 novembre 2016, dans plus de trois ans - une éternité en politique. Cela n’empêche pas les Américains de spéculer dès à présent sur les candidatures possibles et sur les chances respectives des prétendants présumés à la Maison-Blanche. Avec une conclusion qui revient continuellement : Hillary Clinton est la candidate qui s’impose "naturellement" chez les Démocrates, et elle semble capable de battre n’importe quel adversaire républicain.

Cette observation aux allures d’évidence met les nerfs des Républicains à rude épreuve. Leur comité national a sommé, début août, deux chaînes de télévision - NBC et CNN - de renoncer à leurs projets (une fiction et un documentaire, respectivement, sur Mme Clinton), faute de quoi le Parti républicain les boycottera pour l’organisation des débats télévisés… Les Républicains sont à ce point persuadés qu’ils affronteront l’ancienne Première Dame en 2016 qu’ils accusent d’ores et déjà NBC et CNN de concurrence déloyale.

Les directions des deux chaînes se justifient en invoquant la popularité exceptionnelle de Mme Clinton. Depuis l’affaire Lewinsky, qu’elle avait surmontée avec une dignité admirable selon les uns, un cynisme très professionnel selon les autres, l’épouse de Bill Clinton a vu son aura grandir. Comme sénatrice de l’Etat de New York d’abord, comme responsable de la diplomatie américaine ensuite, elle a non seulement prouvé qu’elle existait politiquement à part entière, mais a également accumulé une expérience susceptible de faire la différence si elle brigue la Présidence.

Ce qui n’empêche pas les observateurs d’estimer, dans le même temps, que son mari serait alors un atout considérable : les Américains regardent rétrospectivement les années Clinton comme un âge d’or et l’ancien Président est redevenu extraordinairement populaire. Sans doute les Républicains ont-ils beau jeu de railler tantôt les ambitions d’une "has been", tantôt la perspective d’un "troisième mandat des Clinton". Le problème, pour eux, c’est que c’est précisément ce que désire peut-être une majorité d’Américains.

Les adversaires d’Hillary Clinton tentent d’ores et déjà de torpiller son éventuelle candidature en faisant valoir qu’elle aura 69 ans lors du scrutin en 2016. Ils oublient que Ronald Reagan avait le même âge quand il fut élu, et qu’il en avait quatre de plus quand il fut triomphalement reconduit en 1984, gagnant dans 49 des 50 Etats de l’Union, ne laissant à Walter Mondale que son Minnesota natal.

Sans doute l’élection présidentielle a-t-elle souvent été un choc des générations tournant à l’avantage du jeune loup démocrate, de JFK à Clinton et Obama. Il y aurait donc un risque à confier les chances du Parti démocrate en 2016 à une des dernières représentantes du "baby-boom", née juste après la Seconde Guerre mondiale. On prête d’ailleurs aux Républicains la volonté de privilégier le paraodoxe en plaçant, quant à eux, leurs espoirs dans des quadragénaires ou de jeunes quinquagénaires comme Marco Rubio, Chris Christie, Paul Ryan ou Bobby Jindal.

"L’âge est comme l’art : c’est une question d’interprétation", répond dans les colonnes du "New York Times" Nancy Pelosi, l’influente députée de Californie. De toute façon, Hillary Clinton n’affronte pas, à ce stade, une forte concurrence au sein de son parti. Son rival le plus sérieux serait l’actuel vice-président Joe Biden, qui entretient le suspense sur ses intentions, mais, étant de cinq ans son aîné, il aura 74 ans en novembre 2016, ce qui est probablement trop.

Quant aux plus jeunes, ils ne paraissent pas faire le poids. On cite les noms du maire noir de Newark, Cory Booker, de son collègue hispanophone de San Antonio (Texas), Julian Castro, de la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren (elle a reconquis le siège historique de Ted Kennedy dont le Républicain Scott Brown avait réussi à s’emparer), ou du gouverneur de l’Etat de New York, Andrew Cuomo. Aucun n’a la stature de Mme Clinton.

Certes, un an avant son élection, personne n’aurait non plus parié sur Barack Obama. Et trois ans avant, personne ne le connaissait. Battue en 2008, Hillary Clinton est bien placée pour rester prudente. Mais elle peut croire qu’après celle d’un président noir, l’heure d’une femme à la Maison-Blanche est maintenant venue.