Correspondante à Jérusalem

Pour Mahmoud Abbas, la demande de reconnaissance onusienne d’une Palestine souveraine "ne vise pas à isoler ou délégitimer Israël, mais à délégitimer son occupation des territoires palestiniens" . "Et quoique nous obtenions à l’Onu , souligne le raïs palestinien, nous reprendrons ensuite les négociations avec Israël pour régler les dossiers de l’accord final, ainsi que le sort des Palestiniens prisonniers en Israël."

Pour la première fois, en effet, M. Abbas a publiquement clarifié ses intentions au sujet de la demande d’adhésion de la Palestine aux Nations unies, fournissant ainsi des indications sur la formulation de la résolution que les Palestiniens présenteront dans quinze jours à l’Onu.

Une formulation que l’Union européenne attend de connaître pour mieux déterminer la position qu’elle-même prendra à l’Onu.

M. Abbas a fait ces clarifications dimanche devant les instances du Fatah à Ramallah, et compte les refaire prochainement dans un discours à la population palestinienne. Car les Palestiniens l’ont annoncé dimanche : les menaces de sanctions américaines et les ultimes efforts internationaux pour relancer les négociations avec Israël avant le 20 septembre ne dissuaderont plus les Palestiniens de s’adresser à l’Onu.

La démarche auprès de l’Onu ne mettra pas fin à l’occupation, a déclaré Mahmoud Abbas, "elle est un prélude pour y arriver et atteindre l’indépendance" .

La proposition de résolution que M. Abbas soumettra le 20 septembre au secrétaire-général de l’Onu, Ban Ki-moon, appellera notamment à changer le statut des territoires palestiniens de "territoires disputés" en "Etat sous occupation" . Cette résolution acceptée, les pourparlers avec Israël pourront reprendre "sur des bases claires et spécifiques" . A savoir, le retour aux frontières d’avant juin 1967 et l’arrêt de toute activité de colonisation juive.

M. Abbas tient aussi à rassurer la diaspora palestinienne. Sa démarche auprès de l’Onu ne mettra pas fin à l’OLP non plus, a-t-il expliqué ce week-end. C’est l’OLP qui siège comme observateur à l’Onu et qui y soumettra la demande de reconnaissance et adhésion de la Palestine. "Elle demeure le seul représentant légitime du peuple palestinien partout dans le monde" , avec "tutelle" sur l’Autorité palestinienne. Et tant que l’Etat palestinien ne sera pas concrètement établi dans les territoires libérés, elle "sera le protecteur des droits de tous les Palestiniens" , y compris du droit au retour des réfugiés. Beaucoup en diaspora craignent en effet qu’une fois l’Etat palestinien reconnu dans les frontières de 1967, les réfugiés de 1948 n’auront plus de recours légitime pour exiger le retour dans leurs foyers d’antan, qui se trouvent aujourd’hui à l’intérieur d’Israël.

En tout cas, pour le négociateur en chef des Palestiniens, Saeb Erekat, la reconnaissance onusienne d’ "un Etat palestinien sous occupation" dans les frontières d’avant juin 1967 aura plusieurs avantages. Israël sera obligé d’y appliquer la 4e Convention de Genève, qui empêche notamment l’appropriation de biens de la population locale sur une grande échelle, donc la confiscation des terres palestiniennes au profit des colons juifs.

Par ailleurs, elle permettra aux Palestiniens d’adhérer aux institutions onusiennes, dont les cours internationales de Justice où ils pourront réclamer des comptes à Israël. Enfin, elle imposera aux Etats-membres de l’Onu des responsabilités envers leur nouvel "Etat-frère sous occupation" . Ce qui les obligera à agir en sa défense, espèrent les Palestiniens.

Le Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, aurait toutefois préféré différer la demande de reconnaissance onusienne. Car en riposte à cette reconnaissance, les Etats-Unis menacent carrément de couper les vivres à l’Autorité palestinienne. Et M. Fayyad, le "bâtisseur" de l’indépendance institutionnelle et économique en Cisjordanie, craint que cela n’entraîne l’effondrement pur et simple de l’Autorité palestinienne.