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Invité par le Parlement européen mercredi à Strasbourg, Mahmoud Abbas a été applaudi debout par les eurodéputés et salué comme un homme "ayant acquis beaucoup de crédibilité au niveau international" par Hans-Gert Poettering, le président de l’assemblée. Après avoir été reçu par le président français Nicolas Sarkozy la veille à Paris, le Président de l’Autorité palestinienne s’est exprimé avec force devant l’hémicycle. Il a longuement parlé de Gaza "plaie béante de la pire agression militaire", évoqué les 1 370 morts, quelque 5 000 blessés dont certains toujours dans un état grave et 90 000 personnes sans abri. "Cette guerre contre notre peuple a en outre détruit le fruit de ce que l’Autorité palestinienne a réalisé en quinze ans, a-t-il par ailleurs souligné, les installations, les infrastructures, les bâtiments officiels et civils "

"Mentalité colonisatrice"

Et l’homme de rappeler également les colonies en Cisjordanie multipliées par sept l’an dernier, le mur de séparation "raciste", le nombre de barrages qui n’a pas baissé, y compris à Jérusalem. Il a parlé de "terrorisme" en évoquant les agressions armées de colons juifs contre des Palestiniens à Hébron et Naplouse. "Des attentats perpétrés à la saison des olives, sources de revenus et symboles de paix pour notre population " a-t-il souligné.

Des faits qui, selon lui, montrent que "bien que ses responsables parlent de deux Etats, Israël reste prisonnière d’une mentalité militaire et colonisatrice". Ce pays "n’est pas au-dessus du droit international", a-t-il dit, "il faut demander des comptes à ses leaders pour violation du droit international et humanitaire".

Face à ce constat, qu’attend Mahmoud Abbas de l’Europe ? Qu’elle aille plus loin que l’aide économique et humanitaire et affirme son rôle dans un partenariat clair et complet avec Barack Obama au sein du Quartet (Etats-Unis, UE, Russie et Onu). Pour lui comme pour le président du Parlement européen, l’envoi de George Mitchell comme émissaire américain est un signe positif. Lors du point presse qui a suivi la séance solennelle, Abbas a répété qu’il "condamnait" les roquettes lancées par le Hamas vers le territoire hébreu tout en soulignant la disproportion entre celles-ci et l’arsenal militaire israélien. Reste que le Président de l’autorité palestinienne, membre du Fatah, en appelle à un gouvernement d’unité nationale et qu’il veut croire que cette logique peut être partagée par le Hamas "qui n’a pas intérêt à faire éclater la nation entre Gaza et la Cisjordanie". Même "espoir" chez Poettering qui pense que le Hamas "doit s’engager pour la paix, renoncer aux tirs et reconnaître Israël en tant qu’Etat".

Dans cette mesure, selon lui, ce parti pourra jouer "un rôle important" à l’avenir. Et si le rôle de l’Egypte a été souligné par les deux hommes dans le processus de rapprochement Hamas-Fatah, le président du Parlement européen a insisté sur une bonne coopération avec l’Arabie Saoudite et invité la Syrie "à se rallier à cette initiative". Pour Abbas, "le moment est peut-être venu pour la communauté internationale d’apporter une protection à [son] peuple pour qu’il puisse vivre dans la liberté et dans la paix". L’Europe, ayant de bonnes relations avec les deux parties, peut avoir un vrai rôle à jouer, selon lui.