Il n’est plus apparu en public depuis le 5 mars et a décommandé des rencontres importantes.

Les bruits sur l’état de santé défaillant du président russe Vladimir Poutine continuent de s’amplifier à Moscou. Le porte-parole du Kremlin les attribue à "la fièvre de printemps" sans pourtant expliquer le fait que le chef de l’Etat n’est pas apparu en public depuis le 5 mars.

Il est vrai que ces bruits sont ravitaillés surtout par le fait que le président Poutine a subitement décommandé bon nombre de rencontres importantes : la signature de l’accord sur la coopération stratégique avec l’Ossetie du Sud (qui a fait sécession de la Géorgie) qui devait avoir lieu le 11 mars; le sommet tripartite "historique" qui devait l’emmener à Astana, capitale du Kazakhstan, le 13 mars; et enfin la réunion annuelle du collège du FSB (service de sécurité russe) fixée au 12 mars où la présence du chef de l’Etat est devenue traditionnelle.

Dans ce contexte, l’information officielle, tombée jeudi, selon laquelle Vladimir Poutine se serait entretenu par téléphone avec le président arménien Serge Sarkissian pour discuter de leurs futurs contacts personnels - qui devraient avoir lieu lors des cérémonies marquant le 100e anniversaire du génocide arménien et le 70e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie - n’a fait qu’ajouter à la confusion générale. D’ailleurs, cette situation rappelle jusqu’au moindre détail celle que la Russie avait déjà vécue en novembre 2012 quand une absence prolongée de M. Poutine avait engendré les mêmes soupçons.

Pressions pyschologiques et politiques

Cependant, en dehors de ces spéculations, certains observateurs, comme Géorgui Kounadzé, ex-vice-ministre des Affaires étrangères, supposent qu’indépendamment de son état de santé, Vladimir Poutine subit actuellement une forte tension psychologique due aux conséquences imprévisibles de la politique qu’il mène depuis le début de l’année dernière.

Le politologue Guéorgui Satarov, ex-conseiller du président Boris Eltsine, explique pour sa part que le comportement de M. Poutine dans la crise ukrainienne a réveillé au sein de la société russe des tendances extrémistes qui sont encouragées par une partie influente de son entourage. Or, selon M. Satarov, toute tentative de M. Poutine de maintenir un précaire équilibre entre la faction "modérée" et celle "radicale" de l’élite politique risque en fin de compte de créer une situation où il serait submergé, sinon balayé par la vague fondamentaliste.

Il est difficile de croire en tout cas que M. Poutine aurait approuvé la cérémonie publique à Ekaterinbourg qui a solennellement marqué mercredi le départ en Ukraine d’une cinquantaine de "volontaires" russes partis à Donbass pour "exterminer la racaille fasciste", selon l’expression d’un prêtre de l’Eglise orthodoxe russe qui les a bénis sous les ovations de l’assistance.