L’organisation fabrique ses explosifs sans problème, selon Conflict Armament Research.

Isolé, l’Etat islamique ? Pas tant que cela si l’on consulte le dernier rapport de Conflict Armament Research (CAR), qui affirme, après une enquête de vingt mois en Irak et en Syrie, que l’organisation terroriste n’a aucune difficulté pour se procurer les composants industriels des engins explosifs qu’elle utilise.

Selon son enquête, qui paraît ce jeudi, l’Etat islamique (EI ou Daech) met à peine un mois à trouver sur les marchés locaux, en Turquie et en Irak, les câbles, détonateurs, puces, produits chimiques ou téléphones portables qui sont nécessaires à la fabrication de ses bombes à distance. En résumé, malgré les lignes de front, le commerce continue.

L’ONG britannique, qui travaille pour l’Union européenne, en déduit "un manque de surveillance" de la part des entreprises et des Etats, mais aussi "un manque de conscience" que du matériel à usage civil peut être utilisé à des fins de guerre.

Sur la cinquantaine d’entreprises et la vingtaine d’Etats qui entrent souvent à leur insu dans la chaîne d’approvisionnement de Daech, les sociétés turques et irakiennes sont en première ligne. Normal, affirme l’ONG, l’Etat islamique s’approvisionne à ses frontières.

Dans une enquête minutieuse, l’ONG remonte à la trace les composants qu’elle a trouvés sur le champ de bataille, dans les zones, comme Kobané, où l’Etat islamique a reculé.

On découvre ainsi que des téléphones Nokia 105 RM-908 - commandes à distance des engins explosifs - ont été produits au Vietnam fin 2014 et se sont retrouvés 5 ou 6 mois plus tard dans les mains de l’Etat islamique en Irak. Ils avaient été achetés par une société au Yémen puis envoyés à une autre société basée à Dubai, dans les Emirats arabes unis.

Daech se fournit aussi aisément en pâte d’aluminium et en fertilisants pour fabriquer ses explosifs. Ces composants sont passés légalement dans les mains de trois firmes d’Istanbul dont l’une reconnaît être dans l’incapacité de vérifier si ce qu’elle vend sur le marché turc est revendu à d’autres négociants.

Un exemple belge

La filiale néerlandaise de la société belge Solvay a également fourni, sans le savoir, à Daech du peroxyde d’hydrogène. Normalement ce produit a de grandes vertus antiseptiques et de blanchiment mais il peut aussi devenir un précurseur chimique dans la fabrication d’explosifs. Le gouvernement néerlandais a expliqué à l’ONG que la firme belge a exporté ce produit à un client habituel en Turquie, Diversey Kimya, lequel l’a ensuite réexporté à une société d’Erbil, dans le Kurdistan irakien, sous le contrôle des peshmergas. La plupart de ces produits ne sont pas soumis à des règles de réexportation et sont utilisés, comme les détonateurs, dans des activités civiles comme les mines. Bref, les contrôles sont rares.