Les institutions et Etats membres de l’Union européenne ont salué l’initiative militaire prise par la France au Mali. Non sans retenue, dans le chef de certains, comme la Pologne. Sans réserve dans d’autres pays, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Danemark et la Belgique (lire ci-contre), qui ont promis d’apporter leur soutien logistique à l’opération Serval. Mais pour l’heure, aucune capitale n’est disposée à mobiliser des troupes combattantes aux côtés des forces françaises. "Un appui logistique et diplomatique, c’est déjà pas mal, mais la France restera en première ligne" , prédit le Français Jean-Sylvestre Mongrenier, spécialiste des questions de défense pour le think tank Institut Thomas More.

L’analyste juge que les autres pays de l’Union auraient tort de considérer que l’intervention française contre les djihadistes répond au seul besoin de Paris de protéger ses intérêts dans son ancienne colonie et dans les pays voisins, dont le Niger, "pré carré" du géant nucléaire français Areva. "Ce serait une perception décalée de la réalité. Il faut se reporter à 15 ou 20 ans d’ici, quand les talibans ont commencé à s’implanter en Afghanistan. On pensait que ça n’aurait pas de conséquences sur nos vies. On a constaté le contraire, le 11 septembre 2001 à New York."

Un avis que partage la haute représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité de l’Union, Catherine Ashton. "Nous sommes directement concernés" , a déclaré la Britannique mardi, devant le Parlement européen, à Strasbourg, où elle avait été (fermement) invitée à s’exprimer sur le sujet. Tous concernés, justifie-t-elle, car "les groupes terroristes qui se trouvent au nord du Mali tirent profit de la situation pour le trafic d’armes et de drogue, pour prendre des otages qui sont des citoyens européens. Nous ne pouvons pas rester indifférents vis-à-vis de cette situation".

"Tout le monde dit ‘nous’, mais il n’y a que des soldats français" au Mali, a constaté le chef du groupe des verts au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit, déplorant qu’"il n’existe pas de force d’intervention militaire ou humanitaire européenne" (air connu). L’eurodéputée Véronique De Keyser notait, pour sa part, que la crise au Mali était prévisible, depuis la chute du régime libyen de Kadhafi, qui a formé et armé certains des groupes djihadistes actifs au Mali. "Voilà plus d’un an que nos amis maliens nous appellent au secours" , a rappelé la socialiste belge. "Il est temps de réaliser qu’après deux ans de discussions au niveau européen, rien n’a été fait" pour stabiliser la région, a répondu en écho le conservateur français Arnaud Danjean.

L’Union se hâte avec lenteur

Mais comme souvent dans ce genre de situation, l’Union se hâte avec lenteur. L’opération française a été lancée vendredi dernier, mais ce n’est que ce jeudi que les ministres européens des Affaires étrangères débattront à Bruxelles de ce qu’il y a lieu de faire ensemble.

"Nous devons accélérer nos actions", a insisté la haute représentante, dont un soutien à la restructuration de l’armée malienne, pour lui permettre de défendre le territoire national. Voilà des mois que les Vingt-sept discutent des contours de cette opération. En raison des circonstances, l’Union devrait déployer cette mission (à laquelle la Belgique prendra part) forte de quelque 500 militaires, dont 200 formateurs, "aussi vite que possible et plus rapidement que prévu". Les Vingt-sept devraient aussi s’accorder sur le soutien logistique et financier apporté à la Misma, la force d’intervention de 3 300 soldats de pays d’Afrique de l’Ouest.

Plus largement, "il est nécessaire d’avoir une approche holistique" de la situation au Sahel, a plaidé Lady Ashton. A savoir une stratégie incluant des composantes humanitaire - "58 millions d’euros ont été débloqués en 2012, 20 millions supplémentaires sont disponibles", a rappelé Catherine Ashton -, de développement, politique et militaire. Afin d’améliorer l’efficacité de l’Union sur le terrain, la haute représentante a annoncé la prochaine nomination d’un représentant spécial pour le Sahel. C’est déjà ça.