La diplomatie pour les nuls. 

L’agonie de Nelson Mandela a fourni à la presse télévisée du monde entier une nouvelle occasion de projeter du journalisme une image consternante. Correspondants et envoyés spéciaux font le pied de grue depuis des jours devant l’hôpital de Pretoria où l’état de santé du grand homme n’en finit pas d’être "critique", entretenant l’inavouable espoir de leurs directions que le décès se produise en direct, pendant le JT. Makaziwe Mandela a eu des mots très durs, jeudi, contre les "vautours" des médias étrangers qui guettent le trépas de son père comme les charognards la carcasse du buffle que vient de tuer le lion.

On ne saurait lui donner tort, sauf quand elle y voit du racisme au motif que la récente disparition de Margaret Thatcher n’a pas suscité une frénésie comparable. Comme si la Dame de fer avait pu inspirer, à un quelconque moment de sa carrière, une émotion pareille à celle que des millions de gens ont ressentie, le 11 février 1990 à 16 h 15 locales, quand le leader historique de l’ANC franchissait les portes de la prison Victor Verster, au terme de vingt-sept années de détention. Les télés étaient là aussi, certes, mais pour enregistrer un moment d’Histoire, pas pour troubler une douloureuse intimité familiale.

Il ne faut d’ailleurs pas être raciste pour manquer de respect dans la profession. Un journaliste indien de la chaîne de télévision News Express a été licencié, mardi, parce qu’il avait cru malin de faire un "face caméra", lors d’un reportage sur les inondations dans l’Uttarakhand, juché sur les épaules d’un rescapé qui avait bien de la peine à tenir debout, au beau milieu des eaux boueuses d’une rivière.

Racistes, les téléspectateurs peuvent l’être aussi au demeurant. Un retraité japonais a décidé de traîner en justice la chaîne de service public NHK parce qu’elle utiliserait trop de mots étrangers dans ses programmes, termes incompréhensibles qui l’ont plongé dans une "détresse émotionnelle" intolérable. Il est vrai que, de "sumaho" (smartphone) à "albeito" (arbeit) en passant par "konsheruju" (concierge), ces emprunts, puisés un peu partout et ensuite japonisés, ont formé un sabir qui n’est accessible qu’aux plus aguerris des linguistes.