Les autorités iraniennes semblent avoir opté pour l'apaisement après la répression face à la protestation persistante de la rue, pour mieux incriminer des «voyous » à la solde de la «contre-révolution » et des Américains avec lesquels plus aucun dialogue n'est possible.

Le mélange de répression et de décrispation a, au moins provisoirement, porté ses fruits. Des milliers de Téhéranais ont de nouveau convergé vers le campus Amir Abad dimanche soir, mais sont prudemment restés dans leur voiture pour ne pas être la proie de courses poursuites comme les nuits précédentes.

Des groupes de bassidji et d'hezbollahi, des extrémistes islamistes qui passent pour les plus farouches défenseurs du régime et avaient mené la chasse aux contestataires les nuits d'avant, étaient certes postés à certains carrefours ou arpentaient les trottoirs en dissimulant une matraque. Mais ils avaient visiblement reçu l'ordre de se faire discrets. Les forces de la police spéciale en tenue de combat avaient cédé la place à leurs collègues en civil, seulement armés en apparence d'une bombe aérosol.

Autre manoeuvre d'apaisement, le ministère de l'enseignement supérieur a annoncé le report d'une semaine des examens pour les étudiants vivant dans les dortoirs de Téhéran.

La police a néanmoins arrêté une trentaine de «voyous et mécréants » sur un boulevard à un kilomètre du campus, a indiqué le commandant de la police dans la capitale, Morteza Talaie, cité par Irna. Selon l'agence, 109 personnes ont officiellement été arrêtées par la police au cours des derniers jours, un chiffre qui ne paraît pas couvrir la totalité des arrestations opérées depuis mardi soir.

Quelque 2.000 personnes ont manifesté dimanche soir à Machhad (nord-est) où des heurts sporadiques ont eu lieu avec les forces de l'ordre, a rapporté l'agence estudiantine Isna. Et à Tabriz (nord-ouest), quelque 250 étudiants se sont réunis pour soutenir les étudiants téhéranais. Les étudiants ont brisé les vitres des dortoirs, mais la police n'est pas intervenue, selon Isna.

Pour les autorités, ces violences sont le fait de quelques dizaines de «voyous » qui exploitent des revendications purement estudiantines et nullement politiques au profit de «la contre-révolution » et des Etats-Unis.

L'Iran a remis dimanche une protestation officielle à l'ambassade de Suisse, qui représente les intérêts américains à Téhéran, contre les ingérences des Etats-Unis dans ses affaires intérieures et le soutien apporté par plusieurs responsables américains aux manifestants.

Le président américain George W. Bush a lui-même jugé «positives » ces manifestations et y a vu les «prémices » d'un élan vers plus de liberté.

Dans les conditions actuelles, plus aucun dialogue n'est possible entre Téhéran et Washington, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi.

La justice a ordonné l'arrestation de plusieurs intellectuels dissidents accusés d'avoir chercher à entretenir les troubles. Le journaliste Mohsen Sazegara et son fils Vahid ont été arrêtés dimanche, selon la presse, ainsi qu'Amin Bozorghian, le rédacteur en chef du quotidien 'Golestan', suspendu par la justice.

L'opposition libérale a annoncé lundi l'arrestation d'un troisième de ses membres, Hoda Saber, et rappelé celle, samedi, de Taghi Rahmani et Reza Alidjani.

Dans un communiqué, le ministère de l'Enseignement supérieur a indiqué que les dirigeants et médias étrangers avaient «lancé une vaste campagne de propagande contre notre patrie et essaient de créer des troubles et de porter atteinte à la sécurité nationale ».