Le Premier ministre français Manuel Valls, qui s'est qualifié dimanche pour le second tour de la primaire du Parti socialiste en vue de la présidentielle de 2017, est un briseur de tabous à gauche, dont le style autoritaire et le discours favorable aux entreprises hérissent une partie de son camp.

Parti favori, cet homme d'origine espagnole naturalisé Français à 20 ans est toutefois arrivé, avec 31,6% des voix selon les résultats partiels, derrière l'outsider Benoit Hamon (35,21%), porteur d'un projet plus à gauche.

Souvent critiqué pour ses prises de position clivantes - notamment pour sa fermeté sur l'immigration -, il se veut le candidat de la "réconciliation" afin de conjurer un scénario d'échec de la gauche, face à la droite et à l'extrême droite. Les agressions dont il a été victime pendant sa campagne, une poignée de farine et une claque, illustrent cependant les réactions épidermiques que sa politique suscite parfois.

Aujourd'hui âgé de 54 ans, Manuel Valls a toujours joué la carte de la transgression : "Il faut en finir avec la gauche passéiste, celle qui s'attache à un passé révolu et nostalgique", lançait-t-il en 2014.

Dès 2007, il voulait changer le nom du parti, jugé dépassé. Il a aussi critiqué la loi limitant à 35 heures le temps de travail hebdomadaire, un totem de la gauche.

Né à Barcelone le 13 août 1962 d'une mère suisse italophone et d'un artiste peintre catalan, ce père divorcé de quatre enfants a épousé en 2010 la violoniste Anne Gravoin : un atout glamour qui lui a ouvert le tout-Paris de la culture.

Après de brèves études d'histoire, il devient assistant parlementaire à 23 ans, puis jeune conseiller du Premier ministre réformateur Michel Rocard (1988-91), puis de Lionel Jospin (1997-2001).

Manuel Valls est élu en 2001 maire d'Evry, une ville populaire et métissée au sud de Paris, puis devient député du département. Il se présente à la primaire socialiste de 2011, se fait éliminer au premier tour et se rallie au candidat François Hollande avec un rôle actif de porte-parole. Ce qui lui vaut d'être nommé ministre de l'Intérieur, une fois l'élection remportée.

A ce poste, il renforce son style martial et son image d'homme à poigne, gagnant en popularité - parfois plus à droite qu'à gauche.

© Reporters

"La gauche à coups de menton"

Son hyperactivité, sa communication très cadrée, ses ambitions lui valent d'ailleurs d'être comparé à l'ancien président de droite Nicolas Sarkozy, ce qui l'agace.

Ses yeux bleu métallique, ses réparties sèches et sa moue fréquente lui confèrent l'image d'un homme crispé, ombrageux. "Valls, c'est la gauche à coups de menton", ironise un socialiste.

Après la débâcle socialiste aux municipales de 2014, il remplace le discret Premier ministre Jean-Marc Ayrault à l'issue de plusieurs "couacs" entre ministres. "Un chef doit savoir cheffer, alors je cheffe!", dira-t-il peu après.

A son arrivée, les écologistes claquent la porte. Lui n'a cure de déplaire et applique fidèlement la nouvelle ligne "pro-business" du président Hollande. D'autres poids-lourds quittent son équipe. Sourd aux critiques, il conquiert le patronat par son "j'aime l'entreprise" et soutient l'interdiction du "burkini" préconisée par des maires de droite.

Au cours des débats de la primaire, il est souvent apparu sur la défensive, coincé entre sa volonté affichée de changement et la nécessité de défendre son bilan à la tête du gouvernement. Dans son camp, certains l'ont surnommé "Brutus", l'accusant d'avoir poussé l'impopulaire président Hollande à renoncer à briguer un deuxième mandat.

Il espère cependant rassembler son camp derrière lui pour éviter le "traumatisme" de la présidentielle de 2002, qui a vu le second tour se jouer entre la droite et l'extrême droite.

Ce rassemblement s'annonce toutefois délicat du fait de son score, mais aussi des candidatures du chef de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon et du populaire Emmanuel Macron, "ni de gauche, ni de droite", partis en solo dans la course à l'Elysée.