Éternels indécis et souvent abstentionnistes, les jeunes sont un des enjeux importants de la fin de la campagne. Chaque candidat essaye dès lors de les séduire au maximum. Et s'il y a quelques mois, c'était le discours de François Hollande qui attirait le plus les 18-24 ans, c'est aujourd'hui Marine Le Pen qui se retrouve en tête dans cette tranche d'âge.

C'est un sondage CSA paru dans Le Monde daté de ce mardi 10 avril qui l'affirme: 26% des jeunes seraient tentés par le vote frontiste, alors que 25% d'entre eux soutiendraient François Hollande. Nicolas Sarkozy obtiendrait dans cette tranche d'âge 17% d'intention de vote, Jean-Luc Mélenchon 16% et François Bayrou 11%.

Mais c'est surtout l'évolution de ces intentions qui est intéressante. Fin 2011, François Hollande avec 39% d'intentions de vote payait les fruits d'une campagne axée sur l'avenir de la jeunesse. Ayant mis ce thème en berne, ce sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui semblent le plus plaire à cette tranche d'âge (ils étaient respectivement crédités de 13 et 5%). Pour Sylvain Crépon, sociologue et spécialiste du Front National interrogé par Le Monde, les jeunes s'identifient à Marine Le Pen qui se présente comme une « figure de renouveau et de jeunesse ». La défense de la laïcité contre l'islamisme, tout comme son ouverture en termes de valeurs morales ne laissent pas non plus les jeunes insensibles.

Le Pen aidée par le contexte économique?

Il y aurait donc bien un « effet Marine » chez les jeunes, et particulièrement chez les non-diplômés et en situation précaire. À en croire Sylvain Crépon qui relaye des travaux de la politologue Nonna Mayer, « le soutien à Marine Le Pen passe de 10% pour ceux qui poursuivent leurs études après le bac, à plus de 30% chez ceux qui les ont arrêtées. Ce phénomène est accentué par le fait que toute une classe d'âge arrive sur le marché du travail en pleine crise économique et est extrêmement inquiète par rapport à son avenir. »

Ce contexte économique expliquerait aussi le discours prudent et très peu idéologique de la plupart candidats. Au contraire de ceux-ci, « le côté antisystème et dénonciation des élites » caractéristique de Marine Le Pen séduirait de nombreux jeunes.

Pour lefigaro.fr, Anne Muxel, directrice de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) pointe l'échec de la campagne de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Pour elle, ils « n'ont pas réussi à répondre aux attentes des jeunes sur des sujets aussi importants que l'entrée dans le monde du travail et la difficulté de trouver un premier logement. Pour Marine Le Pen, en revanche, sa démagogie et sa proposition de solutions très simples sur ces sujets, même si elles ne sont pas forcément très réalistes, font qu'elle a un discours très fort et très clair. »

Il s'agit donc d'une urgence pour l'ensemble des candidats de convaincre les jeunes de voter en leur faveur, mais surtout de voter tout court, tant l'abstention guette cette tranche de la population.