Souriante et déterminée, telle est directement apparue Marine Le Pen ce soir dans Des paroles et des actes, la toute nouvelle émission politique de France 2, qu'elle était chargée d'étrenner.

Confrontée à sa cote de popularité personnelle semblant stagner depuis quelques semaines après avoir grimpé vertigineusement en début d'année, elle a répondu « partir tôt pour aller loin ».

Interrogée sur la gestion du FN quand il était au pouvoir dans certaines municipalités, elle a dit avoir « tiré les leçons du passé. »

Concernant l'engagement militaire français en Afghanistan, Mme Le Pen s'est prononcée résolument contre en lançant que « ses résultats sont nuls ».

Pendant le portrait dressé d'elle en direct, la présidente du FN a, tout en s'en distinguant, défendu son père par rapport à certains propos sur l'air de « cette génération n'a pas connu les mêmes choses que la nôtre ».

David Pujadas lui objectant les condamnations pour racisme ayant sanctionné Le Pen père, sa fille a contre-attaqué en rappelant que François Mitterrand avait été décoré de la Francisque par le Maréchal Pétain.

Vint ensuite le chapitre économique... Mme Le Pen a, nombreux livres d'économistes à l'appui (l'un des temps forts de l'émission) répété son credo : « Sortir de l'euro pour en revenir à une monnaie nationale afin de relancer l'emploi et les exportations. »

Lui opposant nombre de contre-arguments chiffrés, l'économiste de service sur le plateau s'est heurté systématiquement à une remise en question de ceux-ci.

« Vous n'avez strictement rien compris »

Cécile Duflot, la patronne des écologistes français, entra en scène en assenant directement que le FN voulait expulser de France 10 millions de personnes sur base de ses critères. « Vous n'avez strictement rien compris à ce que j'ai dit », s'est insurgée Le Pen, confirmant qu'elle mettrait un terme au principe de binationalité si elle était élue en 2012.

Elle fut rapidement contredite par Mme Duflot quand elle avança l'exemple de l'Allemagne en matière de binationalité, ce qui l'amena à se rabattre sur l'Algérie : « Où les binationaux n'ont pas accès à certains postes, notamment dans l'armée. »

« Vous servez le camp de Sarkozy », a assené Duflot. « Je suis la seule alternative au système. Vous êtes la béquille du Parti Socialiste, je ne suis pas celle de l'UMP.

Le sujet du nucléaire fut aussi matière à une passe d'armes entre les deux dirigeantes politiques.

« La dépénalisation du cannabis est un problème de riches »

On passa à un autre sujet chaud du moment : la dépénalisation du cannabis. « C'est un problème de riches. Cela n'intéresse pas les Français. Ils veulent savoir comment continuer à rouler en voiture tant l'essence est devenue chère », lança Le Pen, inspirée par le sujet. « Vous devriez vous inquiéter pour vos quatre enfants, Mme Duflot. Je préfère parler de ce dossier avec des criminologues plutôt qu'avec des psychologues ou des sociologues. Vous voulez que l'état devienne un dealer, c'est ça? »

Contre attaque de la Verte : « Et le tabac, alors, ce n'est pas une drogue ? Il faut gérer les drogues via une politique de santé publique. »

Avant détour par la crise grecque, la présidente du FN n'en a pas démordu : « Vos propos sont dangereux. Vous voulez créer un ministère de la drogue ? »

« Sarkozy n'a rien fait »

Après une « belle » lutte, Mme Duflot céda la place à Bernard Namias, journaliste de France 2. Le premier demanda quel serait le premier geste d''une Le Pen présidente de la France : « Je me mettrais immédiatement au travail à l'Elysée car on vient de vivre quatre années d'immobilisme total et d'inaction totale. Le président de l'action et de la rupture n' a strictement rien fait. Sur l'immigration et la sécurité, rien... »

Cette partie de l'émission lui donna l'occasion de dire ou redire certains slogans forts appuyant son programme :

« Je suis prête à accueillir beaucoup de gens au FN. Je veux rassembler le peuple français et non pas négocier avec l'oligarchie. J'ai une ambition pour la France plus grande que ça. »

« Il n'y a plus de grande vision pour la France, plus de grand souffle. On a perdu l'esprit de la France. Il faut réécouter le peuple, réinstaurer la démocratie, le referendum, libérer Internet et la Presse. »

« Je n'imposerais pas la peine de mort, je laisserais le choix, par referendum, aux Français entre la peine de mort et la perpétuité. Je pense que la suppression de la peine de mort a conduit à l'effondrement de l'échelle des peines, ce qui fait que les victimes se multiplient et qu'on ne les entend pas. La souveraineté doit être issue du peuple et ne peut jamais être remise en question. »

Une fin d'émission houleuse

La dernière séquence de l'émission fut nettement plus houleuse que ce qui précéda... En effet, entre Marine Le Pen et deux journalistes de la Presse écrite lui reprochant d'emblée de se livrer à « de la haute voltige » ou de répondre systématiquement « à côté » des questions qu'on lui poste, le débat tourna à la cacophonie, chaque camp accusant l'autre de mensonges et autres méthodes contestables en se lançant divers anathèmes.

David Pujadas eut d'ailleurs beaucoup de mal à instaurer un véritable dialogue et on eut ainsi droit à de trop longues minutes de bruit plutôt que de débat... Quand le calme reprit le dessus, Marine Le Pen fut mise sur la sellette concernant ses projets envers les immigrés.

« Vous accusez constamment mais vous ne démontrez jamais rien », lui fut-il notamment reproché par un Laurent Joffrin (Nouvel Observateur)voyant dans le projet du FN des visées « discriminatoires ». Selon le journaliste, « les Français ne sont pas xénophobes et ne laisseront jamais faire ça ». Mais encore : « Vous exagérez. Vous faites dans l'outrance, dans la propagande. Tous les problèmes, comme la crise actuelle, ne viennent pas des immigrés. »

Se prévalant de principes républicains, Le Pen fut reprise de volée par Joffrin : « Vous n'êtes pas républicaine! »

Caroline Fourest, l'autre journaliste, grande pourfendeuse du FN, enfonça le clou : « Vous êtes contre les associations de type SOS Racisme. »

La réponse, sèche, fusa : « Ces associations fustigent toujours le racisme mais jamais le racisme anti-Blanc. »

Après une joute avec Caroline Fourest concernant une déclaration financière incombant aux députés européens, Marine Le Pen dut répondre à Laurent Joffrin concernant la technique de dévaluation monétaire qu'elle appelle de ses voeux et que beaucoup d'observateurs jugent insensée. Là encore, le débat tourna court, toutes les parties parlant en même temps et se coupant allègrement la parole... Ce dialogue de sourds sonna la fin d'une soirée de valeur inégale...