Marine Le Pen ne se laisse pas tirer le portrait facilement, tant les masques, les postures et les discours sont à franchir pour le discerner. Alors, commençons clairement: Marine Le Pen est une candidate de la droite nationaliste et populiste. Elle est aussi la présidente d'un parti positionné à l'extrême droite de l'échiquier politique. Elle porte dans ses idées et son idéologie, le rejet, la peur et le déni de l'autre.

Marine Le Pen a longtemps été la « fille de ». La fille de Jean-Marie à qui elle doit tout. Et aujourd'hui, même si elle parvient à modifier ses recettes, à effacer le style et l’image d’un père retourné dans l’ombre, elle garde de lui les ingrédients qui ont fait son succès.

Marine Le Pen est née en 1968. Enfant, elle doit faire face à l'opposition farouche que doit subir son père et même à l'attentat à la bombe qui touche leur domicile familial parisien. Adolescente, c'est toute la cellule familiale qui se déchire. Sa mère quitte le foyer et attaque son ex-mari par magazines interposés. Elle décide alors de suivre les traces de son père, et c'est en 2002 qu'elle apparait à ses côtés et se fait connaitre du grand public. Il faut dire que le moment est bien choisi. Pour le FN, 2002 est un millésime. A la présidentielle, Jean-Marie le Pen a chassé Lionel Jospin de la deuxième place, épouvante la France, et se retrouve en finale face à Jacques Chirac. La défaite est assurée, mais pour le Front cette performance est un triomphe inespéré.

Pourtant, pour Marine, qui veut conquérir le parti, rien n'est gagné d'avance. Au FN elle doit d'abord se faire un prénom, et se battre contre Bruno Gollnisch qui représente l'aile dure. Mais elle passe, et après l'échec cuisant de 2007 (son père n'obtient que 10% à la présidentielle) et la crise que traverse le FN, elle conquiert la présidence du parti.

Marine voulait « dédiaboliser » le FN de papa

Un vaste chantier l'attend alors. Secondée de fidèles (dont Louis Aliot, son compagnon), elle entend « dédiaboliser » le FN de papa. Fini les blagues antisémites, les petites phrases racistes et autres brutalités physiques. Le FN nouveau est arrivé, et Marine Le Pen - très à l'aise dans les médias - le vend parfaitement. Mais que les nostalgiques de l'ancienne école FN qui lui mènent la vie dure se rassurent ; Marine efface de son discours les frasques de son père (vous ne l'entendrez pas dire que les chambres à gaz ne sont qu'un « détail » de la Seconde Guerre), mais elle garde le fonds de commerce du parti. Les sondages dérapent? On diabolise un peu l'euro pour attiser la peur de la mondialisation. Les meetings manquent d'ambiance? On compare les prières dans les rues à « l'occupation » allemande. Les médias l'oublient? On conspue le « système » hostile aux idées nouvelles, et les journalistes, "groupuscule à la solde de la pensée unique".

L'affaire Merah, du nom de ce tueur qui provoqua les massacres de Toulouse et Montauban, fut exemplative du discours qui règne au FN. « Combien de Mohamed Merah dans les bateaux, les avions qui, chaque jour, arrivent en France remplis d'immigrés ? » s'était interrogée publiquement Marine Le Pen. Mohamed Merah était un Français né en France. Ce n’est pas grave, l'amalgame est fait.

Et puis, à quoi bon les idées finalement? Dès qu'elle présente son programme économique, Marine se fait épingler par les observateurs et... les sondages patinent. Une étude Ipsos l'indique par ailleurs, un électeur de Marine sur deux le fait par contestation. Et c'est justement cet électorat-là, l'électorat protestataire, qu'elle se dispute avec Jean-Luc Mélenchon. Car cette année, entre le candidat du Front de Gauche qui la déteste copieusement (c'est peu dire), Nicolas Sarkozy qui chasse sur ses terres, et l'argument du vote utile, Marine Le Pen a beaucoup de mal à se retrouver. S'il y a très peu de chance qu'elle se qualifie pour le second tour, nul ne sait par contre où elle se situera le soir du premier.

Pour ses adversaires comme pour la société, le plus important ne sera cependant pas ce résultat-là. Le plus important sera plutôt d'enfin comprendre les aspirations et les craintes qui motivent le vote en faveur du Front national.