Nous avons refait le pacte d’unité pour garantir le processus de transition national" , a déclaré le président de la région autonome Catalogne, Artur Mas, au moment d’annoncer la date des élections régionales : le 27 septembre 2015. Une date soigneusement choisie. C’est la même que celle de l’adoption du décret qui ouvrit la voie au référendum d’indépendance de 2014 (déclaré illégal par le tribunal constitutionnel espagnol). De plus, la campagne débutera officiellement le 11 septembre, jour de la fête nationale catalane. Le calendrier joue sur le registre de l’émotion historique nationaliste.

Artur Mas - chef de file de la coalition de partis Convergència i Unió (CiU) - a réussi à rebâtir un certain consensus avec la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), ainsi qu’avec les très influentes associations civiles pro-indépendance. Les désaccords mutuels étaient notoires depuis trois mois.

ERC s’oppose aux listes unitaires voulues par Artur Mas et réclamait la tenue des élections au mois de mars, avant les municipales (prévues le 25 mai dans toute l’Espagne). Artur Mas, patient, leur a expliqué les inconvénients de cet agenda. Néanmoins, le camp indépendantiste semble perdre de sa cohésion, après quatre ans de mobilisation.

Et ce alors que le nouveau parti de gauche Podemos grimpe en Catalogne, selon les sondages. "Environ 20 % des électeurs d’ERC sont prêts à voter Podemos" , rappelle Lluis Orriols, professeur de sciences politiques à l’Université de Gérone.

L’affaire de corruption qui frappe Jordi Pujol, père fondateur du nationalisme catalan moderne, a des retombées politiques. ERC exprime sa volonté d’arriver à une Catalogne "sans corrompus" , mais son soutien au président Mas les a obligés - déjà quatre fois - à voter contre la comparution de celui-ci devant la commission parlementaire qui s’occupe de l’affaire Pujol. Artur Mas était le ministre de l’Economie du président Pujol à l’époque des faits.

Mas le tacticien joue la montre

En conséquence, malgré le consensus apparent, les tensions ne s’effacent pas du jour au lendemain. ERC ne garantit pas les listes unitaires, surtout pas pour les municipales où le parti compte s’allier avec d’autres que CIU. A Barcelone, la victoire nationaliste semble aujourd’hui plutôt improbable face aux "nouvelles" gauches (dont Podemos). Alfred Bosch, candidat ERC a déjà anticipé qu’il sera l’opposant direct de Xavier Trias, l’actuel bourgmestre (CIU). ERC et CIU négocient une feuille de route souverainiste qui prévoit dix-huit mois "d’actions de souveraineté", selon le quotidien "La Vanguardia". Son commentateur Enric Juliana parle de "la possibilité d’un Parlement ingouvernable si les élections avaient été immédiates" . En tacticien avisé, Artur Mas n’avait probablement pas d’autre choix que cette manœuvre. Comme Sarkozy et l’UMP en France, Mas envisage un changement de nom de son parti pour lui rendre une apparence de virginité par rapport aux affaires.

Sans doute espère-t-il aussi que le Premier ministre conservateur Mariano Rajoy - fermement opposé aux velléités indépendantistes catalanes - perdra sa majorité absolue lors des législatives espagnoles de décembre. La question est de savoir si les neuf mois qu’il a gagnés suffiront à soigner les blessures internes du camp nationaliste.