Un tribunal newyorkais demande l’assistance judiciaire de la Belgique pour entendre le témoignage de Said Al-Shurafa et de son épouse dans le procès, très médiatisé aux Etats-Unis, d’une filière présumée de financement du terrorisme dans laquelle serait impliquée la Bank of China, apprend « La Libre Belgique ».

Le couple de Palestiniens vit en exil à Liège. Il a vécu entre 2003 et 2008 à Guangdong en Chine où il détenait plusieurs comptes auprès de la Bank of China. Ceux-ci, selon l’accusation, auraient servi à transférer « des millions de dollars » vers le Hamas palestinien et le Jihad islamique, deux groupes considérés comme terroristes par l’Union européenne.

Après avoir entendu les avocats des deux parties, la juge Shira Scheindlin de l’US District Court for the Southern District of New York a estimé le 1er novembre que le témoignage des Al-Shurafa était essentiel pour la conduite du procès en cours aux Etats-Unis. Elle demande que le couple donne un témoignage verbal sous serment. Il possède « une connaissance de première main des détails de leurs comptes et de leurs transactions » avec la Bank of China, écrit la juge dans une demande d‘entraide judiciaire rendue publique lundi et transmise au SPF Justice.

L’assistance de la Belgique est souhaitée « avant la fin de novembre 2014 ». La juge demande que les Al-Shurafa soient entendus sous enregistrement vidéo, voire qu’ils puissent être interrogés directement par les avocats des deux parties. Mais la loi belge n’autorise un interrogatoire que par un juge, quitte à ce que les parties lui soumettent les questions.

Cette affaire a fait grand bruit aux Etats-Unis et en Israël. Elle trouve son origine dans un attentat à la bombe à Tel Aviv, le 17 avril 2006, où un jeune Américain, Daniel Wultz, a perdu la vie. Ses parents ont décidé de remonter aux sources du terrorisme – son financement – dans une longue procédure judiciaire. Dans un premier temps, ils ont obtenu la condamnation de la Syrie et de l’Iran, financiers du Jihad islamique et du Hamas. Puis ils se sont attaqués à plus gros morceau encore, la Bank of China, accusée d’avoir fermé les yeux sur les flux financiers qui alimentaient les islamistes palestiniens.

Le gouvernement israélien a, dans un premier temps, soutenu la famille Wultz, puis l’a lâchée en refusant qu’un ancien agent du contreterrorisme témoigne à la barre. Mais la famille a le soutien de l’ancien leader républicain Eric Cantor, cousin de la mère de Daniel Wultz, et d’avocats de haut vol.

Les avocats avaient déjà introduit une demande au Tribunal de Première instance de Liège à la mi-septembre, qui avait été rejetée. Ils espèrent que celle-ci sera entendue. "La Belgique est depuis longtemps un allié crucial des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme et son financement. Nous espérons une assistance rapide de la Belgique », dit l’un d’eux, Lee Wolosky, un ancien conseiller de l’antiterrorisme de la Maison Blanche.