"Tiens, il y a du théâtre à la télé ce soir?", s’interrogeait Twitter jeudi soir. Sur France 2, on donnait du "Môôôssieur" à tour de bras et les punchlines pleuvaient. Seules manquaient les portes à claquer bruyamment pour compléter le décor de boulevard. "Des paroles et des actes" (#DPDA) faisait salle comble.

A l'affiche "Si j'étais Premier ministre", de et avec Jean-Luc Mélenchon. Le concept du service public français, salué l'an dernier pour sa clarté, sa crédibilité et son sérieux, glisse lentement vers une stand-up comedy dans laquelle interviendraient tour-à-tour les vieux du muppet-show.

Experts et adversaires politiques se sont relayés la soirée durant pour tenter de saper les fondations de la pensée "Made in Front de Gauche". La complaisance remisée au placard est certainement un progrès pour l'attrait de la chose politique en version "plateau-télé". La formule contemporaine reste cependant à affiner.

Car si l'on sourit volontiers de la façon dont l'un ou l'autre des convives remet en place son opposant à la table de David Pujadas, le comique de répétition n'amuse pas au rythme de trois vannes la minute.

Avant de répondre, quand il daignait mais aussi quand il y parvenait, Jean-Luc Mélenchon a pris soin de (psych)analyser les questions qui lui étaient posées. Les médias, les journalistes sont toujours suspects, voire présumés coupables par le leader de la gauche radicale. Tancés dans leur personne plus encore que dans leur fonction, ceux-ci se risquent à rendre la pareille à leur invité. Les échanges n'en sont que plus hachés, les idées n'en sont que plus découpées en slogan. Les partisans s'y retrouvent. Les révulsés sont confortés.

Lors des courts entractes séparant les séquences, le micro-cravate de Mélenchon capte les "C'est très physique comme exercice!", qu'il adresse à "Môssieur Pujadas", comme un boxeur se détendrait les épaules entre les rounds.

Un challenger poussa "Méluche" franchement dans les cordes. Benoit Apparu, député UMP, fit tout sauf s'en laisser compter. Franchement à l'offensive dès sa montée sur le ring, il n'eut pourtant pas l'occasion de mettre son adversaire à terre. Car il a ses trucs et astuces, le Mélenchon. Son jeu de jambes, ses jeux de mots, l'emmènent un peu partout. Difficile de le couper efficacement, ardu de le coincer sur un thème précis.

En réalité, celui qui le combat le mieux, c'est lui-même. Posté en radical-intransigeant, Jean-Luc Mélenchon n'a sans doute rien de ce que la majorité des Français attendent d'un Premier ministre, car ils sont, dit-on, les premiers à craindre que le changement les bouscule.

En fin de soirée, une fois que le gong a retenti, un cliché photographique circule. Mélenchon y discute avec une partie du public, celle qui ne s'est pas présentée à la télévision uniquement pour faire de la figuration. Sans doute est-ce dans de tels rapports que s'exerce le mieux le débat politique, quand le souci de l'image n'existe qu'au niveau interpersonnel.

Pas facile à transposer en version "soirée-canapé", certes.

Un commentaire de Gilles Milecan