A première vue, l’homme est exécrable. Il parle aux journalistes sur un ton désastreux, semble se croire tout droit sorti de la cuisse de Jupiter et prêt à sauver la France d’une déchéance dont lui seul peut extraire le pays. A première vue, il n’a aucune chance de faire de l’ombre aux bêtes de concours des deux principaux partis. A première vue, c’est le trublion de service, qui se lance pour la première fois dans une campagne présidentielle pour emmerder son monde et dont le score ne dépasse pas les 10%.

Et puis, bardaf, un certain 18 mars, à la Bastille, l’homme rassemble les foules, appelle à l’insurrection civique, au réveil du volcan français. Les compteurs s’affolent : à un mois de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est crédité de 14% d’intentions de vote (sondage BVA) et, à défaut de devenir l’homme à abattre, il devient la troisième roue d’un drôle de carrosse qui jusque là, penchait un peu trop à droite.

Les aficionados du Petit Journal de Yann Barthès connaissent l’homme depuis quelques mois déjà pour ses fameux coups de sang devant les caméras. Les autres qui suivent la politique hexagonale se souviennent qu’il a été ministre de l’Enseignement professionnel sous Jospin avant de quitter le Parti Socialiste pour former le Parti de Gauche (PG) en 2008. Cette année, c’est les couleurs, rouges toujours, du Front de gauche qu’il défend pour la présidentielle.

Il découvre la vie sous le soleil de Tanger et rejoint la France à 11 ans. En mai 68, il a 17 ans et, déjà, le socialisme chevillé au corps : il sera leader de son lycée dans les rues surchauffées de Lons-le-Saunier (Jura).

Philosophe de formation, l’homme, divorcé, à une fille aujourd’hui âgée de 38 ans. Il multiplie les étiquettes mais aucune ne lui convient vraiment : mitterrandien, franc-maçon, rebelle...

En 1997, déjà, son adversaire s’appelle François Hollande : ils visent tous les deux le poste de Premier secrétaire du Parti Socialiste. Mélenchon vivra comme une humiliation de ne pas être plébiscité par les siens. Mais c’est 10 ans plus tard qu’il quitte le PS pour créer le Parti de Gauche, déçu du centrisme ambiant mené par Ségolène Royal, encore toute auréolée de ses 17 millions de suffrages à la présidentielle de 2007.

François Hollande est à nouveau son adversaire cette année. Adversaire vraiment ? Clémentine Autain, porte-parole de Mélenchon estime que le succès de son patron fait 'augmenter le total gauche’. 'C’est une garantie de victoire de la gauche !' assure-t-elle dans les colonnes de Libération. Jérôme Sainte-Marie, de l’institut CSA, est du même avis : « Il amène de nouveaux électeurs à la gauche. Des gens qui ne se déclaraient pas ». Le rebelle finira-t-il par rendre service à la classe politique, l’'abjecte troïka' qu’il exècre ?

2012 sera, à n’en point douter, son année. Quel que soit le score qu’il réalisera le 22 avril prochain, Jean-Luc Mélenchon sera parvenu à faire entendre sa voix, qu’il a forte. Pas question pour lui de laisser le crachoir entre les mains de ceux qu’ils nomment « les 4 Daltons de l’austérité ».

Sarkozy, Hollande, Le Pen et Bayrou croyaient former le carré de Rois. Voici que Mélenchon impose un carré pointé.