Récemment, Jean-Luc Mélenchon avait affirmé que "Manuel Valls est contaminé par le Front National". Interrogé ce mardi matin sur RMC-BFM TV, le président du Front de Gauche a confirmé sa prise de position. 

Au micro, le trublion Mélenchon a d'abord recadré l'attitude des membres du PS à son égard. "L'habitude  des socialistes, à chaque fois que j'ouvre la bouche, c'est de gesticuler en criant 'Outrance' (...) Ils n’acceptent comme critiques, ces gens-là, que toutes critiques commençant par le mot suivant : 'Bravo'." Toujours au sujet du PS, il a ajouté que ce parti "est déjà tellement dilué, que je les appelle solfériniens (NdlR : du nom de la rue de Solférino, où siège le PS) et non plus socialistes. Pourquoi ? parce qu'il ne leur reste rien d'autre que l'adresse".

Il s'en est ensuite pris au ministre de l'Intérieur. "Tout l'été et depuis le début de l'année, Manuel Valls, progressivement, est en train de faire avancer une nouvelle ligne à intérieur du socialisme (...) Cette ligne a été caractérisée et définie dans deux interviews, dont une au Parisien, dans laquelle il dit 'oui il y a un ennemi de l'intérieur'. Manuel Valls est parti de l'idée, qui n'a rien à voir avec la tradition républicaine, d'après laquelle il y aurait un ennemi de l'intérieur" a-t-il ajouté. Ce à quoi le journaliste a directement rétorqué, lui demandant s'il visait les musulmans. "Je veux que vous nous disiez ce que vous avez au fond de l'esprit", lui a-t-il d'ailleurs intimé. 

"Ce que j'ai au fond de l'esprit est la chose suivante : ce qu'il dit et ce qu'il fait est trop grave - et je m'adresse aux socialistes - pour que vous ne vous en rendiez pas compte. Il a toute l'année, tout l'été, sans riposte, pu faire ce qu'il voulait. Il aura suffi que j'élève la voix pour qu'aussitôt tout le monde dise 'c'est vrai, il y a de l'abus'. Donc je joue mon rôle de lanceur d'alertes", s'est justifié l'homme du Front de Gauche.

Finalement, Manuel Valls est-il un homme dangereux ? "Pour la gauche, il est extrêmement néfaste", a conclu Mélenchon.   

Après des couacs, Ayrault exhorte la majorité à serrer les rangs

Dimanche, lors de son grand discours de rentrée, Jean-Marc Ayrault avait appelé le gouvernement à serrer les rangs, après les tiraillements de l'été, et les socialistes à la cohésion, plaidant aussi pour l'union à gauche avant les scrutins de 2014 face à la droite et la "nouvelle extrême droite".

"Il n'y a pas deux approches, deux lignes, deux politiques, mais qu'une seule ligne au sein du gouvernement que je conduis: la ligne, c'est celle de l'efficacité", a lancé le Premier ministre, s'exprimant au sujet de la réforme pénale.

"Chaque fois que le débat est mis sur la place publique avant d'être posé entre nous, c'est une faute contre notre collectif", a ajouté le Premier ministre.

Jean-Marc Ayrault manifestait son agacement devant les oppositions apparues en août entre le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, et la garde des Sceaux, Christiane Taubira, au sujet de la future réforme pénale.

"Je vois des clubs et parfois des mini-clubs se créer. J'entends des prises de position (...) qui donnent quelques secondes de célébrité ou de visibilité à leurs auteurs", a lancé encore M. Ayrault devant plusieurs ministres assis aux premiers rangs, dont Manuel Valls et Arnaud Montebourg.

Appel à la cohésion

Mais l'appel à la cohésion dans la majorité de Jean-Marc Ayrault s'inscrit également dans la perspective des élections municipales et européennes de mars et mai 2014.

Le Premier ministre a demandé l'union des partis de gauche et des écologistes, un véritable "impératif d'unité", pour "faire barrage" au Front national en mars prochain. Un appel relayé par le Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, qui a promis une "croisade républicaine contre l'extrême droite" et une mobilisation des socialistes pour démonter les propositions du programme frontiste.

"Cette nouvelle extrême droite a changé de masque sans changer de visage", a mis en garde Jean-Marc Ayrault en accusant la "droite classique" d'être "sous l'influence" de cette "nouvelle extrême droite, plus avenante, plus habile et plus présentable".

Alors que le Parti de gauche prône l'autonomie des listes au premier tour dans de nombreuses villes, le Premier ministre, comme le Premier secrétaire, a fait valoir que "communistes, radicaux, écologistes" et "socialistes" étaient "pour l'essentiel, d'accord" au niveau local.

Jean-Marc Ayrault a aussi critiqué le co-président du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon, qui a multiplié les attaques ces derniers jours contre le gouvernement, provoquant même l'irritation de son allié communiste au Front de gauche.

"J'entends, sur la gauche de notre gauche une voix, une voix qui se présente comme celle du 'bruit et de la fureur', une voix qui refuse toute évolution et ne cesse d'appeler à une forme de résistance nostalgique", a lancé le Premier ministre.