La minorité sunnite, qui sera quasiment absente des bancs de la nouvelle Assemblée nationale, reste malgré sa marginalisation un élément clé de la stabilisation du pays.

Selon un diplomate européen à Bagdad, ils ne devraient pas dépasser la dizaine de députés sur les 275 sièges que compte le Parlement et pâtiront de l’absence de personnalités de premier plan, à l’exception du chef de l’Etat sortant Ghazi al-Yaouar.

Le vétéran de la politique irakienne, le sunnite Adnane Pachachi, qui n’a pas réussi à se faire élire, s’est déclaré «déçu » par la faiblesse de la représentation des sunnites, restés à l’écart des élections du 30 janvier.

La liste «Iraqioun » du président al-Yaouar est la plus large formation sunnite au Parlement avec cinq sièges et celle du Mouvement de réconciliation et de libération du sunnite Michaane al-Joubouri ne récolte qu’un seul siège.

L’Alliance unifiée irakienne, bénie par le grand ayatollah chiite Ali Sistani, et celle du Premier ministre Iyad Allaoui ont saupoudré leurs listes de quelques sunnites.

Victorieux, les partis chiites ont aussitôt tendu la main aux dirigeants sunnites afin de préserver l’unité de l’Irak et parce que cette communauté peut opposer son veto lors du référendum sur la Constitution permanente.

En effet, si trois provinces se prononcent aux deux-tiers contre le projet de Constitution, elle est rejetée même si une majorité l’approuve au niveau national. Or cette communauté est largement majoritaire dans les provinces de Ninive et de Salaheddine au nord et al-Anbar à l’ouest.

Ces élections ont sanctionné la perte d’influence de cette communauté, qui représente 20 pc de la population, et qui a eu les rennes du pouvoir depuis la création de l’Irak moderne il y a 80 ans.

La fin de cette prédominance s’est accélérée avec le boycottage du scrutin, à l’appel du Comité des oulémas musulmans et sous la contrainte de la guérilla. Dans les quatre provinces où cette communauté est majoritaire, la participation moyenne s’est située aux environs de 20 pc.

Dans la province rebelle d’Al Anbar, seulement 2 pc des électeurs ont voté, et 17 pc dans celle de Ninive dont la capitale est Mossoul. Dans le gouvernorat de Salaheddine, le taux est monté à 25 pc et dans celle de Diyala, il a atteint 33 pc.

Beaucoup craignent que ce sentiment de marginalisation ne renforce la guérilla qui a déjà tué plusieurs milliers de personnes ces deux dernières années et mis à genoux l’économie du pays.

Le ministre chiite des Finances Adel Abdel Mahdi a préconisé la réintégration dans la fonction publique de nombreux membres du Baas, l’ancien parti au pouvoir, chassés après la chute de Saddam Hussein en avril 2003.

Mais il a sommé cette communauté de reconnaître la nouvelle redistribution du pouvoir. «Nous ne voulons pas ancrer à nouveau l’ancien régime (...) L’Irak a une nouvelle image: la démocratie, le fédéralisme », a expliqué récemment cet homme dont le nom est cité comme un Premier ministrable.

«Nous considérons le gouvernement (qui sera formé après les élections) comme illégitime car il ne représente pas tout le peuple irakien », a affirmé lundi le porte-parole du Comité des oulémas musulmans, la plus importante organisation religieuse sunnite.

«Pour nous, il s’agit d’une gouvernement intérimaire chargé de gérer les affaire intérieures et extérieures mais nous lui dénions le droit de signer des traités économiques et sécuritaires avec d’autres pays », a ajouté ce porte parole Omar Raghib.

Plusieurs experts ont estimé que cet échec s’explique par l’absence d’organisation des sunnites car leur leadership se confondait avec l’Etat.

«Sous Saddam et même avant, la direction des sunnites était institutionnelle. Maintenant ce sont les religieux qui tentent de remplir le vide », a expliqué un expert de la politique irakienne.

Le Comité des oulémas musulmans a proposé de structurer cette communauté désemparée et il vient d’annoncer la prochaine formation d’une «conférence générale » pour unifier les rangs des membres de cette communauté.