Correspondant au Chili

Puente Alto a toutes les caractéristiques du quartier pauvre typique d’Amérique latine. Situé au sud de Santiago, il compte plus d’un million d’habitants. Le chômage y bat tous les records, les écoles publiques sont sous financées, les hôpitaux sont débordés et le sentiment d’insécurité y est très présent.

Le contraste est évident - et tellement banal dans tout le continent - avec les quartiers huppés de Las Condes, Vitacura, La Dehesa au nord de la ville.

Une image frappe directement le visiteur qui prend le temps de s’arrêter sur la Plaza de Armas au cœur de la commune. De nombreuses jeunes adolescentes déambulent avec un ventre déjà tout rond ou en train de pousser un landau. Puente Alto a, en effet, le triste privilège d’être une des communes qui connaît le taux le plus élevé de grossesses juvéniles.

Cette question de santé publique ne semble pas préoccuper le maire, Manuel José Ossandon (Renovación Nacional, droite au pouvoir) qui, sur base de convictions personnelles, a décidé d’interdire la distribution de la pilule du lendemain dans les centres de consultations médicales.

Juste avant de transmettre le flambeau à Sébastián Pinera, Michelle Bachelet avait ratifié la loi qui autorisait la distribution de la pilule du lendemain dans les centres médicaux à toute personne qui la demande, y compris les adolescentes à partir de 14 ans. Malgré cette obligation, et selon un rapport de la Faculté latino-américaine de sciences sociales (Flacso), 30 % des centres médicaux ne fournissent pas la pilule et 39 % le font avec restriction. Cela s’explique entre autres par le manque de stock disponible, par l’absence de précisions légales - la loi 20418 autorise la vente de contraceptifs aux adolescentes qui en font la demande, mais la loi 19927 oblige le personnel de santé à dénoncer les mineurs de moins de 14 ans ayant eu des relations sexuelles - mais aussi parce que certaines autorités locales l’interdisent.

C’est le cas de Manuel José Ossandon, le maire de Puente Alto. Proche des Légionnaires du Christ, une congrégation catholique ultraconservatrice qui connaît une croissance vertigineuse au Chili, s’appuyant sur les positions du Vatican, celui-ci estime que la pilule du lendemain est abortive et qu’il ne peut donc promouvoir sa distribution.

L’opposition, sous la houlette de María Antonieta Saa (PPD), a vivement dénoncé cette attitude et a exigé qu’Ossandon se conforme à la loi ou démissionne. "Je ne renoncerai jamais à mes principes et si on veut me faire partir, je me défendrai. Au Chili personne n’a jamais été capable de prouver que cette pilule n’est pas abortive", a répliqué le maire de Puente Alto.

Cette affirmation ne tient évidemment pas compte des études de l’OMS et celles réalisées en 2009 par un groupe de chercheurs de l’Université du Chili qui affirment exactement l’inverse.

Plusieurs ONG luttant pour l’émancipation des femmes chiliennes tentent de combattre ce genre de discours comme la Fundacion Instituto de la Mujer "Le discours dominant chilien prône toujours l’égalité homme-femme. Mais dès qu’il s’agit du corps des femmes, le conservatisme prend le dessus", dénonce sa directrice, Carmen Torres.

L’interdiction de la pilule du lendemain a toujours constitué le cheval de bataille des groupes ultraconservateurs en Amérique latine. Elle vient d’ailleurs d’être interdite par le nouveau gouvernement hondurien. Et à l’instar du Nicaragua et du Salvador, le Chili fait partie des quelques pays où l’avortement est interdit sous toutes ses formes.