Les réseaux sociaux, pour le meilleur et pour le pire… L’expression fait à nouveau florès. Dans le sillage des attentats de vendredi, à Paris, les principaux d’entre eux - Twitter et Facebook - ont été littéralement pris d’assaut. Dans la très grande majorité des cas, les "twittos" et les "facebookiens" ont posté et relayé textes, dessins, photos ou encore vidéos pour exprimer leur colère et leur soutien aux victimes.

Ces mêmes réseaux sociaux, on le sait, sont aussi devenus un terrain d’action très fréquenté par les terroristes de l’Etat islamique (après ceux d’Al Qaïda). Quand ils veulent distiller leur propagande ou recruter des candidats au djihad, c’est en priorité sur la "Toile" qu’ils interviennent. "Ils tweettent, ils facebookent, ils s’emparent de mots-clés à succès pour transmettre leurs messages. Ils organisent aussi leur recrutement (sur les réseaux sociaux, NdlR)", résume Max Song, "data scientist" à Palo Alto (Californie), dans un article relayé ce lundi par le Belge Damien Van Achter, fin connaisseur des "nouveaux médias".

"Fight not only with bullets"

Damien Van Achter, par ailleurs professeur invité à l’Ihecs, rappelle que la propagande et le recrutement de Daech visent les plus jeunes ("digital natives") et, plus spécifiquement, "ceux qui partagent en ligne leur mal-être et leur solitude face à une société qui ne leur offre plus aucune raison de s’enthousiasmer, de participer à la réalisation d’une vision pour l’avenir, de se sentir vivant "pour quelque chose", de donner un sens à leur existence". Pour lui, il est grand temps de "ré-enchanter notre monde" et de "constituer, nous aussi, une "armée" capable d’agir en ligne pour contrer la propagande de Daech".

Jared Cohen, directeur de "Google Ideas", plaidait dans le même sens, récemment, en appelant à former des spécialistes des réseaux sociaux capables non seulement d’entrer en contact avec les jeunes cibles de Daech, mais aussi de parler leur langage afin de les convaincre de ne pas se laisser tenter. Pour reprendre l’expression de Max Song, "we must fight against Daech not only with bullets (balles), but with bullet points (points essentiels)".

A côté de cette démarche "positive", il existe des méthodes plus répressives pour traquer les membres de Daech sur les réseaux sociaux. Mais la "traque" n’est pas aisée. Twitter et Facebook fonctionnent avant tout sur le principe du "signalement" par la communauté des internautes. En d’autres mots, l’utilisateur d’un réseau social est libre de signaler un compte ou un contenu choquant (promotion de la violence, de la haine, du terrorisme, etc.), à charge ensuite pour le réseau d’intervenir. L’exercice peut toutefois s’avérer très fastidieux, pour ne pas dire vain, dès lors qu’un compte à peine supprimé, il suffira à l’utilisateur d’en lancer un nouveau sous un autre pseudo…

Reste la méthode des campagnes virales - notamment par l’intermédiaire de vidéos en ligne -, où les autorités tentent de sensibiliser des recrues potentielles de Daech de ne pas basculer dans le terrorisme. Mais, là aussi, les résultats apparaissent peu concluants.P.-F.L.