Merci, et au revoir
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Merci, et au revoir

SABINE VERHEST

Publié le - Mis à jour le

ENVOYÉE SPÉCIALE À PORTO CARRAS

C'est une douche froide qui a accueilli vendredi Valéry Giscard d'Estaing. Au propre - Porto Carras a été en proie à de violents orages - comme au figuré. Réunis sur les bords de la mer Egée, en Grèce, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne ont rangé le projet de traité constitutionnel, résultat de seize mois de travail sous la houlette de l'ex-président français, dans le tiroir «bonne base de départ» pour les négociations futures. Une formulation faible, que Jacques Chirac, notamment, a tenté de renforcer, en vain.

Ce projet de constitution, adopté le 13 juin dernier par la Convention sur l'avenir de l'Europe, représente «un excellent résultat», a déclaré le Premier ministre grec Costas Simitis, en brandissant un bel exemplaire relié, en langue hellénique. «J'aurais pu l'accepter tel quel», ont enchéri Gerhard Schröder et Anders Fogh Rasmussen. Mais c'est à l'unanimité que les chefs d'Etat et de gouvernement des vingt-cinq pays membres (actuels et futurs) doivent adopter la constitution de l'Union, et une série d'Etats, comme l'Espagne et la Pologne, sont loin de partager l'avis du chancelier allemand et du Premier ministre danois.

«Douze Premiers ministres ont des points sérieux à soulever», a compté le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Le mécanisme de vote à la majorité qualifiée, la composition de la Commission européenne ou l'absence de référence à la chrétienté dans le préambule du traité en crispent plus d'un. «Il y aura de belles bagarres», a pronostiqué Juncker, mais «on ne remettra pas en question l'essentiel du résultat de la Convention».

«Un édifice, un équilibre»

Mieux vaut cependant insister. Valéry Giscard d'Estaing a répété combien il tenait à ce que les négociations entre gouvernements «ne s'éloignent pas» de la «synthèse» élaborée par la Convention. «Notre constitution (...) est appelée démocratie parce que le pouvoir est entre les mains non d'une minorité mais du plus grand nombre», a déclaré le président, citant Thucydide en grec dans le texte.

Elle constitue «un édifice, un équilibre», a-t-il rappelé aux dirigeants. Alors «puis-je vous demander de veiller à ce que la rupture de l'équilibre, par la remise en cause de ses dispositions, ne mette pas en danger la solidité de l'édifice?»

En attendant l'heure de vérité, les membres de la Convention se réuniront encore le mois prochain à Bruxelles pour effectuer «certains travaux d'ordre purement technique», qui «devront être achevés d'ici au 15 juillet au plus tard», ont circonscrit les Vingt-Cinq vendredi. Valéry Giscard d'Estaing a déjà dit qu'il entendait profiter de ce délai pour tenter d'améliorer les dispositions relatives à la gouvernance économique.

L'heure de vérité

L'Italien Silvio Berlusconi, qui prend la tête de l'Union le 1er juillet, convoquera ensuite, pour octobre, la conférence intergouvernementale chargée de conclure «un traité constitutionnel», «dans les meilleurs délais et à temps pour que les citoyens européens en aient connaissance avant les élections du Parlement européen de juin 2004», ont annoncé les Vingt-Cinq. Mais restent ouvertes au moins deux questions. Primo, quand les chefs d'Etat et de gouvernement adopteront-ils exactement les réformes? Les travaux «doivent être rapides», a estimé Giscard. Il y a «une volonté presque unanime de finir avant la fin de l'année», a assuré le Belge Guy Verhofstadt, mais les pays adhérents veulent faire durer le plaisir. Secundo, qui mènera les discussions? Il serait «inconcevable», estime un diplomate belge, que les fonctionnaires, avant les ministres, se saisissent d'un texte élaboré par une Convention composée majoritairement de parlementaires.

Quoi qu'il en soit, «le plus tôt possible après le 1er mai 2004», les dirigeants des vingt-cinq pays de l'Union signeront à tour de rôle, chacun dans leur propre capitale, la constitution qui remplacera le traité de Nice. L'Italie pourra organiser ensuite une cérémonie officielle à Rome, 47 ans après la signature du traité instituant la CEE. En attendant, a conclu Giscard, «les Européens attendent leur constitution».

© La Libre Belgique 2003

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