Malgré le déploiement de 15000 policiers et soldats, Thessalonique a choisi de jouer la carte de la ville ouverte pour accueillir avec «hospitalité» et «respect» les dizaines de milliers de manifestants altermondialistes attendus sur les bords de la mer Egée. Les autorités se montrent d'autant plus conciliantes que les réunions européennes au sommet se tiendront du 19 au 21 juin à... 150 km de là, dans la station balnéaire de Porto Carras, camp retranché que les dirigeants rejoindront par hélicoptère sous bonne garde.

Mais s'il y en a un qui risque de prendre des coups dans le cénacle feutré du complexe hôtelier, c'est surtout Valéry Giscard d'Estaing. Le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker a déjà fait savoir, par voie de presse, que le Français, dont le travail l'avait déçu, ne devait «pas être félicité pour son sens de la diplomatie».

Le président de la Convention sur l'avenir de l'Union se rend à Porto Carras avec, sous le bras, le projet de traité constitutionnel finalisé vendredi dernier à Bruxelles. Il présentera demain, aux chefs d'Etat et de gouvernement des vingt-cinq pays membres et adhérents, le fruit de seize mois de travaux de réflexion sur l'Union de demain - dont on percevra l'ampleur future samedi lors d'un sommet avec les pays des Balkans. Les réactions des dirigeants permettront de se faire une idée de la sauce à laquelle ils mangeront le projet de traité constitutionnel, puisque c'est à eux de le reprendre par le menu dès octobre et, éventuellement, de changer les éléments qui leur déplaisent avant de l'adopter et de le signer après le 1er mai 2004. «Il vous revient de les convaincre qu'ils doivent utiliser ce travail comme base de leurs prochaines décisions», avait lancé le 13 juin le commissaire européen Michel Barnier à son compatriote Giscard. Qu'ils doivent «l'utiliser tel qu'il est, pour l'améliorer, et prendre en compte tout ce qu'il représente d'efforts communs, de telle sorte qu'aucun d'entre eux ne soit tenté d'aller en arrière, mais bien encouragé à aller de l'avant».

Or, plusieurs pays, comme l'Espagne, la Finlande ou la Pologne, ont déjà fait savoir qu'ils entendaient repenser l'architecture institutionnelle dessinée par Giscard et ses comparses. «Nous sommes très satisfaits globalement du travail de la Convention, mais il faudra rouvrir le chapitre institutionnel», nous explique Alfonso Dastis, qui représente le gouvernement espagnol à la Convention. Si celle-ci «avait commencé plus tôt à discuter des questions institutionnelles, elle aurait peut-être pu réussir comme dans d'autres domaines.» En matière de justice et d'affaires intérieures par exemple.

L'asile au dîner

Les avancées enregistrées par la Convention se révèlent à peu près inespérées vu le rythme auquel l'Union avance en la matière et les tensions que cela suscite entre Etats. En octobre 1999, les Quinze avaient promis de créer pour 2004 un espace européen de liberté, de sécurité et de justice qui se met en place très lentement et selon un plus petit dénominateur commun.

Après les Espagnols l'an dernier à Séville, les Grecs essayeront donc d'imprimer leur dynamique jeudi soir au cours d'un dîner dont l'asile et l'immigration constitueront le plat de résistance (lire ci-dessous), avec sur la table des thèmes comme l'amélioration et le financement des contrôles aux frontières ou l'intégration de la gestion des flux migratoires dans les relations avec les pays tiers. Le sommet doit aussi offrir l'occasion de parler des «aspects positifs d'une immigration régulée», susceptible «d'aider les économies européennes», dit-on du côté de la présidence grecque. Mais les questions d'immigration légale sont nettement moins dans l'air du temps que la lutte contre l'immigration illégale...

© La Libre Belgique 2003