C’est un discours bref et sobre, mais remarqué, qu’a prononcé Yves Leterme lundi soir, à New York, lors d’une réunion au plus haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies consacrée aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Un discours centré sur quatre thèmes que la Belgique considère comme autant de piliers de sa contribution aux efforts de la communauté internationale pour réduire de moitié la pauvreté extrême et la faim dans le monde d’ici à 2015.

Le développement humain est bien plus qu’une question de moyens économiques, a d’abord souligné le Premier ministre. Il s’agit de placer l’être humain au centre du développement, d’aider les personnes à prendre conscience de leur potentiel, à optimiser leurs choix et à décider plus librement de leur avenir. La pauvreté, par ailleurs, est bien plus qu’un manque de revenus et de richesse matérielle. La pauvreté est un facteur d’exclusion sociale et culturelle et empêche en pratique l’exercice des droits fondamentaux. Placer l’humain au centre, c’est donner accès à l’éducation, à la culture au sens large.

L’inégalité, a ensuite insisté M. Leterme, n’est pas seulement affaire de décalages entre pays, mais de disparités internes. “Malheureusement , a-t-il dit, les rapports concernant les Objectifs du millénaire révèlent rarement ce phénomène, les objectifs et les indicateurs quantifiant le progrès à l’aide de moyennes. Cela mène au paradoxe où un pays progresse de manière globale tandis que certains groupes de sa population – les démunis, les femmes, les populations rurales – voient leur situation s’aggraver en termes relatifs, voire absolus.”

Et le chef du gouvernement de citer Gracia Mandela-Machel, la troisième épouse de Nelson Mandela, quand elle dénonce “le fossé obscène” qui sépare, en Afrique, “une minorité de riches” de la masse qui croupit dans “une pauvreté abjecte” .

Ces inégalités internes, a poursuivi Yves Leterme, sont on ne peut plus manifestes dans la différence de traitement des hommes et des femmes : “Inégalité dans la scolarisation, dans l’accès au travail décent, dans le bénéfice de soins de santé, avec ce constat criant que dans les pays en développement seule une femme sur trois en milieu rural se voit prodiguer les soins recommandés durant la grossesse .” Le taux toujours très élevé de mortalité maternelle et infantile demeure, aux yeux de l’Onu, un des échecs les plus patents dans la poursuite des OMD.

Pourtant, a ajouté le Premier ministre, “un faible taux d’inégalité tend à s’accompagner d’un taux de croissance économique élevé” . C’est pourquoi réduire les inégalités est dans l’intérêt même des Etats, mais, a-t-il remarqué, “cela implique, nécessairement, une gouvernance responsable, participative et efficace. Cela implique une gouvernance qui donne la parole aux populations, sur la manière dont elles sont gouvernées, dont les décisions sont prises et mises en œuvre, et dont les ressources sont affectées.”

Enfin, M. Leterme a rappelé la responsabilité collective de la communauté internationale. Il s’agit, à titre individuel, d’accroître l’aide au développement pour atteindre 0,7 % du PNB. La Belgique, qui a été félicitée à ce propos par le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon, a confirmé cet objectif dans son budget 2010 malgré la crise.

“Toutefois, la solution des problèmes globaux requiert un financement global , a indiqué le Premier ministre. Initiateurs avec d’autres du groupe de réflexion sur le financement innovant, nous plaidons avec force en faveur d’un accord le plus large sur le sujet, au sein de l’Union européenne, mais aussi à l’échelle mondiale.”

“Au-delà des quantités d’aide , a nuancé Yves Leterme, nous devrons, plus qu’auparavant, prêter attention à l’affectation de l’aide et à ses modalités. Les politiques d’aide devraient, en premier lieu, donner aux pays les moyens de prendre leur sort en main et les rendre moins dépendants.”

Et de plaider pour un partenariat “entre pays qui se sentent encore plus qu’aujourd’hui responsables et conscients de leurs devoirs, les uns se trouvant en situation de pouvoir aider, les autres se rendant compte qu’ils ne peuvent être aidés de façon durable qu’en s’aidant eux-mêmes” .

Pour la petite histoire, on notera que le chef du gouvernement démissionnaire a déclaré qu’il s’adressait à l’Assemblée “au nom de [son] p ays, au nom de la Belgique” , une précision utile au cas où l’auditoire aurait peiné à suivre les méandres de notre crise institutionnelle.

© La Libre Belgique 2010