La déclaration d'un toxicologue néerlandais fait suite à une analyse de sang

LA HAYE Slobodan Milosevic a pris délibérement un médicament non prescrit annulant l'effet de son traitement contre l'hypertension, a indiqué lundi à l'AFP le toxicologue néerlandais Ronald Uges après une analyse du sang de l'ancien président yougoslave.

"Il a pris (un médicament contenant) de la rifampicine, un médicament qui annule l'effet" des traitements contre l'hypertension, a expliqué M. Uges qui a effectué une analyse du sang de l'ancien président yougoslave il y a deux semaines. "Il a pris ce médicament lui-même et il le voulait pour obtenir un aller simple vers Moscou", a-t-il ajouté.

Slobodan Milosevic avait demandé en décembre au Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie d'être transféré à Moscou pour y être soigné mais cette requête avait été rejetée, les juges estimant qu'il bénéficiait d'un suivi médical suffisant à La Haye et qu'il risquait de ne pas se représenter à son procès s'il partait en Russie.

L'ancien président serbe Slobodan Milosevic est donc mort samedi matin dans la prison de Scheveningen, aux Pays-Bas, alors que son procès débuté en 2002 était en voie d'achèvement. Son corps a été envoyé à l'Institut médico-légal néerlandais de La Haye pour une autopsie et un examen toxicologique pratiqués dimanche par des médecins néerlandais et serbes. Les premiers résultats de l'autopsie indiquent que M.Milosevic a succombé à un infarctus du myocarde. Le Tribunal pénal international de La Haye (TPI) a déclaré qu'il était encore encore trop tôt pour conclure à l'empoisonnement, dont plusieurs rumeurs faisaient état.

Autant de son vivant Milosevic avait-il suscité la polémique, autant sa mort soulève des questions. Le fait qu'une chambre d'appel du TPI de La Haye ait refusé en février de laisser Milosevic se faire soigner en Russie a mis le tribunal en difficulté. Les juges craignaient que Milosevic ne revienne plus de Russie, où vivent en exil son épouse Mira Markovic et son fils Marko - qui font l'objet d'un mandat d'arrêt international - et affirmaient qu'il était bien soigné à La Haye, y compris par un médecin russe.

Une lettre de Milosevic

Mais un collectif d'avocats belgradois qui l'a soutenu tout au long de son procès a diffusé hier une lettre que le détenu aurait écrite la veille de sa mort, à destination de l'ambassade russe. Dans celle-ci, Milosevic affirmerait avoir reçu copie d'une analyse prouvant que son sang contenait en janvier des traces à hautes doses d'un médicament servant exclusivement au traitement contre la lèpre et la tuberculose. La télévision publique néerlandaise avançait hier soir que ces médicaments neutralisaient l'action de ceux que prenait Milosevic contre l'hypertension et les problèmes cardiaques. «Je suis sérieusement préoccupé et inquiet», assurait dans sa lettre l'ancien Président, selon le juriste Zdenko Tomanovic.

De là à accuser que Milosevic a été empoisonné, ce que l'inculpé craignait, le pas est franchi. Le TPI et ceux qui ont extradé Milosevic de Belgrade portent «l'entière responsabilité de sa mort» a déclaré le frère du défunt, Borislav, ancien ambassadeur à Moscou. Agé de 64 ans, Milosevic souffrait de problèmes cardiovasculaires et d'hypertension. Son procès a été plusieurs fois interrompu pour raisons de santé. En 2004, un cardiologue néerlandais avait conclu, après un examen de Milosevic à la demande du TPI, qu'il n'était pas capable de mener seul sa défense. Milosevic, qui tenait à prouver lui-même l'illégalité du tribunal, n'avait pas tenu compte de cet avertissement.

«Il aurait pu déléguer davantage à son équipe juridique», a dit l'un de ses avocats commis d'office, Steven Kay. «Il connaissait le risque qu'il prenait et le stress engendré par sa défense a augmenté sa pression sanguine et l'a mis en danger.» Selon l'avocat britannique, Milosevic balayait du revers de la main les craintes qu'il ne revienne pas d'un séjour à Moscou. «Il m'a dit: «Je n'ai pas fait tout ce travail pour m'échapper et ne pas revenir.» Milosevic avait refusé toute aide internationale mais était soutenu par des juristes de Belgrade. Tomanovic est l'un des derniers à l'avoir vu vivant puisqu'il lui a rendu visite dans sa prison, vendredi vers 16h30.

Le procès presque fini

Le TPI et les autorités néerlandaises ont annoncé une «enquête approfondie» sur les circonstances de la mort de Milosevic. Sa disparition est d'autant plus regrettable pour le TPI que le procès, après 466 jours d'audience, approchait de la phase finale. Son procureur, Carla Del Ponte, espérait en finir pour la fin du printemps. On ignorait dimanche où Milosevic sera enterré. La famille et les proches étaient divisés entre Belgrade, Moscou et le Montenegro. Des membres du Parti socialiste (SPS) de Milosevic voulaient l'enterrer à «l'Allée des Grands» au cimetière principal de Belgrade, là où Zoran Djindjic, qui avait extradé Milosevic vers La Haye, a lui-même été inhumé.

© La Libre Belgique 2006