Jamais une famille politique aussi illustre ne s’était à ce point, et publiquement, déchirée. Ce mardi, le tribunal de Paris départage le clan Mitterrand, qui est à couteaux tirés à propos d’une histoire d’argent vieille de près de quinze ans. D’un côté, Gilbert et Jean-Christophe Mitterrand, les deux fils de l’ex-président (1981-1995). De l’autre côté, leur oncle par alliance : le comédien Roger Hanin, veuf de Christine Gouze-Rénal, qui était la sœur de Danielle Mitterrand.

En cause, 300 000 euros. Soit la somme qui, en 2000, contribua à permettre au clan Mitterrand de faire sortir Jean-Christophe de la prison de La Santé, où il était depuis trois semaines. Le fils aîné de François Mitterrand était impliqué dans le scandale de l’"Angolagate" : des malversations, pour lesquelles, au final, il écopa de deux ans de prison avec sursis (pour recel d’abus de biens sociaux) et trente mois avec sursis (pour fraude fiscale).

Caution ou "rançon" ?

A l’époque, le clan Mitterrand avait dû réunir au débotté l’équivalent actuel de 770 000 euros, afin qu’il soit remis en liberté provisoire. Cette caution avait été rebaptisée "rançon" par Danielle Mitterrand, ce qui avait fait scandale. Tout comme avait fait du bruit la dénonciation, par son fils, de "l’hostilité poisseuse" d’"un juge qui sue la haine" . Ainsi qu’il avait décrit le magistrat chargé de son dossier : Philippe Courroye, jeune vedette du pôle financier de Paris, pas encore procureur controversé pour ses liens supposés avec Nicolas Sarkozy.

Les millionnaires Pierre Bergé et André Rousselet, traditionnels mécènes de la mitterrandie, avaient réuni ces 770 000 euros de caution, aidés par 300 000 euros provenant du beau-frère de l’ex-président : Roger Hanin. Ce dernier, n’ayant jamais revu son argent, a saisi la Justice.

Prêt ou don ?

Selon son avocat, l’acteur éprouve "une grande souffrance" de s’en remettre au juge, mais n’a pas eu le choix, vu l’échec d’ "un an de négociations à l’amiable" . A l’en croire, en vertu d’un accord tacite passé à l’époque, il était clair que ces 300 000 euros étaient un prêt, et non un don. Est invoqué aussi "le besoin d’argent" du comédien. Il va sur ses 90 ans et ne tourne plus, diminué par l’accident vasculaire cérébral et la fracture du fémur qu’il subit en 2009.

Les deux frères, pour leur part, jugent "choquant" d’être assignés. "Danielle Mitterrand leur avait dit que l’argent avait été remboursé !" , assure leur avocat. Qui s’appuie sur l’inexistence de la moindre reconnaissance de dette signée par la veuve de l’ex-président.

En décembre, à l’occasion de l’audience judiciaire consacrée à cette affaire, le ton était monté. Les Mitterrand avaient douté de l’état de nécessité allégué du comédien. Sur base d’une interview de 2008, dans laquelle ce nouveau retraité s’était réjoui d’avoir enfin le temps "de profiter du pognon amassé" pendant sa carrière. Ils avaient aussi vu, derrière cette procédure, sa volonté de créer "un prêt fictif pour masquer un don, très fortement taxé entre frères et sœurs" . Le clan Hanin, lui, en avait solennellement appelé "à l’honneur et à la conscience des Mitterrand" . Sous-entendant qu’ils en manquaient.