Le sommet de Minsk mercredi sera "un tournant, pour le meilleur ou pour le pire", et offre "une chance à la Russie de contribuer au règlement de la crise", a déclaré la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, dans un entretien accordé à l'AFP quelques heures avant la rencontre.

"Si un accord est trouvé, nous ne serons pas au bout des difficultés. Mais si l'issue de la rencontre est négative, alors toutes les options, tous les développements que chacun peut imaginer seront possibles et certaines de ces perspectives sont inquiétantes", a-t-elle ajouté.

Mme Mogherini a refusé d'en dire plus sur les possibles conséquences d'un échec, quelques heures avant le début de cette réunion entre les présidents ukrainien Petro Porochenko, russe Vladimir Poutine, français François Hollande, et la chancelière allemande Angela Merkel.

"Ce soir, une chance est offerte à la Russie de se montrer un acteur responsable en exerçant toute son influence sur les séparatistes afin de trouver une solution à cette crise, de rétablir la paix et de respecter les règles internationales qu'elle a violées", a estimé Mme Mogherini. "La chance est là, il faut la saisir et mettre fin à ce conflit", a-t-elle insisté.

"La Russie doit cesser de considérer sa relation avec l'Union européenne comme une confrontation. Nous sommes voisins, même si nous ne sommes pas pour le moment partenaires". "L'Union européenne n'est pas un projet conçu contre qui que ce soit", a-t-elle souligné.

"Il doit être clair qu'il appartient à l'Ukraine, à la Moldavie et à la Géorgie de décider souverainement de leur avenir et de leur présent", a-t-elle assuré alors que ces trois pays ont signé des accords d'association avec l'UE. "Il n'est pas question de construire un nouveau mur, de vouloir créer des espaces entre eux et nous", a-t-elle déclaré.


Le président Porochenko prêt à introduire la loi martiale en cas d'échec du sommet de Minsk

Le président ukrainien Petro Porochenko s'est dit prêt mercredi à "introduire la loi martiale sur tout le territoire ukrainien" en cas d'échec du sommet de paix de Minsk, où l'Ukraine et les Européens parleront "d'une seule voix".

"Tout dépendra du résultat du sommet: soit nous arrivons à arrêter l'agresseur par la voie diplomatique, soit ce sera un tout autre régime. Moi-même, le gouvernement et le Parlement sommes prêts à introduire la loi martiale sur tout le territoire ukrainien (...) en cas d'escalade du conflit", a-t-il déclaré lors d'une réunion du Conseil des ministres, quelques heures avant de retrouver à Minsk les dirigeants russe, allemand et français.

C'est la première fois que le gouvernement ukrainien évoque la possibilité d'introduire la loi martiale pour tout le pays.

Celle-ci autorise l'instauration d'un couvre-feu, la censure, des limitations de la liberté de circulation ou l'interdiction d'ONG ou de partis politiques "dont l'activité menace la souveraineté du pays".

Les autorités pro-occidentales ont été jusqu'à présent réticentes à utiliser cette option, qui pourrait provoquer l'arrêt des crédits ou d'investissements étrangers cruciaux pour l'Ukraine, y compris de la part du Fonds monétaire international, alors que le pays risque le défaut de paiement.

"Nous sommes pour la paix mais s'il le faut, nous allons casser la gueule (à l'ennemi). Si nous devons défendre notre terre, nous allons le faire. Malheureusement, nous devons être prêts pour ces deux options", a lancé le président ukrainien.

M. Porochenko a également affirmé que Kiev, le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel parleraient "d'une seule voix" à Minsk pour réclamer un cessez-le-feu inconditionnel. "Je vous assure que l'Ukraine et l'Union européenne auront une position commune lors du sommet de Minsk et parleront d'une seule voix", a-t-il assuré.

"La priorité est un cessez-le-feu sans conditions préalables", a ajouté le président.

M. Porochenko a une nouvelle fois rejeté l'idée d'une "fédéralisation" de l'Ukraine proposée par la Russie, qui permettrait aux régions séparatistes prorusses de bloquer, avec un droit de veto, l'orientation prooccidentale de la politique de l'Ukraine.

"L'Etat voisin tente avec insistance d'exporter l'idée d'une fédéralisation. L'ironie, c'est que l'Etat voisin est le plus centralisé de la région", a souligné M. Porochenko, dans une claire allusion à la Russie.

"La décentralisation que nous sommes en train d'élaborer n'a rien à voir avec une fédéralisation. L'Ukraine a été et restera un Etat unitaire", a-t-il insisté.