Ils veulent remettre en cause l’indépendance du Monténégro, ils veulent prendre leur revanche sur le référendum de 2006 " , tonne Milo Djukanovic dans chacun de ses meetings.

Comme chaque fois que son pouvoir est menacé, le maître du Monténégro - aux manettes depuis un quart de siècle, aujourd’hui Premier ministre, après avoir été Président de la République - joue la dramatisation. Selon lui, les élections législatives de dimanche se réduiraient à un affrontement entre un "Monténégro démocratique" , membre de l’Otan et candidat à l’intégration européenne, et un "Monténégro du passé" , marqué par la traditionnelle orientation pro-serbe et pro-russe…

Une tentative de diversion

Cette dramatisation permet à l’habile Djukanovic d’escamoter les questions gênantes sur l’organisation des élections. Les ONG estiment qu’au moins 35 000 "électeurs fantômes" figurent sur la liste des 530 138 personnes ayant le droit de vote à ce scrutin. La révision de ces listes est un enjeu disputé entre le pouvoir et l’opposition, et les chiffres les plus surprenants volent d’un bout à l’autre du pays.

Ainsi, il serait apparu que sur les 6 700 personnes décédées et, à ce titre, rayées des listes depuis le début de l’année, 3 300 seraient toujours en vie… Par ailleurs, plus de 10 000 électeurs inscrits ne disposeraient d’aucun document d’identité.

Vanja Calovic, la responsable du réseau anticorruption "Mans", rappelle que les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur font "systématiquement obstruction" aux tentatives de nettoyage des listes. "Parfois, comme à Pljevlja, dans le nord du pays, on trouve dans les commissions électorales des membres du parti au pouvoir qui ont déjà été condamnés par la Justice pour achats de voix et détournements de fonds publics" , souligne-t-elle.

Opposition en front commun

En mai dernier, après plusieurs mois de crise politique, le Parti démocratique des socialistes (DPS), la formation de Milo Djukanovic, a accepté l’entrée de quelques représentants de l’opposition dans un gouvernement "technique" chargé d’organiser ces élections. Le pouvoir escomptait ainsi diviser l’opposition, sans risquer de remettre en cause le système qui régit le Monténégro : héritier de l’ancienne Ligue des communistes, le DPS fonctionne comme un véritable parti-Etat, monopolisant toutes les ressources publiques, les carrières administratives et les emplois.

Le succès de l’opération n’est pas garanti : toutes les composantes de l’opposition, tant celles qui participent au gouvernement technique que celles qui ont refusé d’y siéger, se sont mises d’accord pour former une coalition au lendemain des élections, sans le DPS ni Milo Djukanovic.

Les différences idéologiques sont pourtant très fortes entre certains petits partis pro-serbes que l’on trouve toujours dans la coalition du Front démocratique et les libéraux monténégrins du mouvement URA, dirigé par Zarko Rakcevic, qui fut vice-Premier ministre durant les années difficiles de la guerre et de la séparation avec la Serbie.

Le "programme commun" de l’opposition suppose la formation d’un gouvernement d’experts, la suspension des mesures d’immunité judiciaire protégeant les cadres du régime actuel, mais aussi la convocation d’un référendum sur l’adhésion du Monténégro à l’Otan, théoriquement actée lors du Sommet de Varsovie de l’Alliance atlantique, en juillet dernier.

Ce point permet à Milo Djukanovic d’essayer, une nouvelle fois, de discréditer l’ensemble de l’opposition, en la qualifiant de " pro-russe " et en se posant comme l’unique garant de l’orientation pro-occidentale du pays. Si certains diplomates occidentaux sont toujours sensibles à ce discours, il n’est pas certain qu’il réussisse à mobiliser une nouvelle fois les électeurs. Vivants ou morts…