Aentendre tout ce que se dit à longueur de journée sur les antennes de la télévision de la radio russes nulle méprise n’est possible - la Russie se prépare à une guerre nucléaire imminente qu’elle entend facilement gagner. Tous les jours les "politologues" russes rivalisent dans la description des cataclysmes auxquelles seront vouées sous peu les populations de l’Europe et des Etats-Unis, en omettant de mentionner le sort de la population russe en cas de guerre. Le futur conflit mondial est présenté aux Russes comme une courte promenade victorieuse pendant laquelle la population russe restera tranquillement pendant quelques jours dans les stations de métro ou dans d’autres abris antiaériens.

Cette hystérie guerrière permanente contraste de manière frappante avec le comportement quotidien de tous les Russes qui semblent totalement ignorer les dangers qui les menace(raie)nt. Les seuls bénéficiaires de cette campagne sont les quelques escrocs qui ont réussi à organiser dans un des quartiers de Moscou une quête au nom de la municipalité locale "pour la construction d’un abri antiaérien".

Les Russes indifférents

Bien entendu, une minorité agressive composée "de patriotes professionnels" soutient ce délire médiatique et promet d’en finir avec tous les ennemis de la Russie en deux temps trois mouvements, mais l’atmosphère générale au sein de la société russe n’a rien à voir avec cette psychose.

Le Russe moyen est avant tout préoccupé par la dégradation continue de sa condition matérielle. Certes, il reste solidaire avec le pouvoir qui lui a désigné ses ennemis. Mais il est persuadé que ça fait partie d’un jeu géopolitique et il laisse ça à la responsabilité du gouvernement.

Cependant les rodomontades du Kremlin commencent à inquiéter de plus en plus les pays qui se trouvent à la périphérie "du bras de fer" russo-occidental. Quand, la semaine dernière, Moscou sans consulter au préalable les pays intéressés, a fait état de son intention d’installer ses bases militaires à Cuba et au Vietnam la réaction de Hanoï a été caractéristique. Son ministre des Affaires étrangères a immédiatement déclaré que ce projet n’est pas réalisable. Quant à Cuba on voit mal Havane compromettre le dégel dans ses relations avec les Etats-Unis pour le seul plaisir des généraux russes.

D’autre part, les sondages sociologiques démontrent que 55 % des citoyens russes ne croient pas à la possibilité de la guerre classique ou nucléaire contre la Russie. Pour paradoxal que cela puisse paraître, ils lient, entre autres, cet espoir à l’éventuelle victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines, car la propagande russe leur promet, le cas échéant, une idylle dans les relations russo-américaines.

Le Kremlin redoute d’être coincé

Entre-temps, le Kremlin continue de faire monter les enchères mais, semble-t-il, avec de moins en moins de conviction. Certes, pour l’instant il affiche l’intransigeance surtout en Syrie, mais son comportement trahit déjà la peur de se retrouver dans l’impasse. Jusqu’où Vladimir Poutine continuera son bluff militaro-politique et quelle sera sa dimension ?

Dans la réalité, ce bluff pèse, aux yeux du président russe et ses conseillers suffisamment lourd pour semer la confusion et la disposition aux concessions dans les rangs de ses rivaux occidentaux et régionaux. Mais dans la réalité où vivent ses concurrents, la réserve des concessions et de compromis est pratiquement épuisée.

Comment se comporteront ceux du Kremlin quand ils comprendront que la peur ne se vend plus ? Telle est l’énigme essentielle pour les semaines à venir.