La Belgique appelée à reconnaître le génocide des Yézidis

Le député Dallemagne (cdH) propose à la majorité un projet de résolution en ce sens.

La Belgique appelée à reconnaître le génocide des Yézidis
©DE TESSIERES JOHANNA
Ch.Ly.

Parmi toutes les minorités ayant subi les violences de l’État islamique en Irak et en Syrie, les Yézidis furent systématiquement visés. Dès l’été 2014, les hommes furent tués, les femmes réduites en esclavage, des enfants et adolescents enrôlés pour devenir des soldats du califat. Les Nations unies ont reconnu en 2016 le caractère génocidaire de ces crimes. Mais les procès sont rares.
Pour faire avancer les choses, le député Georges Dallemagne (cdH) dépose cette semaine un projet de résolution qui devrait être discuté jeudi à la Chambre. Il propose dans un premier temps que le parlement belge reconnaisse et condamne “ le crime de génocide perpétré par l’État islamique” contre cette communauté. Dans un second temps, il demande au gouvernement belge “d’utiliser toutes les voies du droit interne et international” pour que ce crime “ne reste pas impuni”. Il est possible que des FT (Foreign Terrorists) de nationalité belge aient pris part à ces crimes. La résolution demande au gouvernement de soutenir le Parquet fédéral “ afin d’identifier et de poursuivre en justice les éventuels auteurs belges de crimes commis à l’égard de la communauté yézidie”.
Le cdH étant dans l’opposition avec la N-VA, le projet de résolution est soumis à la majorité pour signature.
Georges Dallemagne demande aussi que le gouvernement belge fasse pression pour que les Yézidis, dispersés par dizaines de milliers au Kurdistan irakien, puissent revenir dans leur région historique de Sinjar. “Il existe un accord entre le KRG (autorités du Kurdistan irakien, ndlr) et Bagdad pour que les milices chiites se retirent du Sinjar”, explique-t-il. “Cet accord piétine”.
En contrepartie, la Turquie réclame le retrait des unités du PKK, les premières à venir au secours des Yézidis en 2014. Le président Erdogan a réitéré le 21 janvier la menace d’une opération militaire turque contre le PKK à Sinjar. “Notre objectif est de faire disparaître le groupe terroriste PKK et vivre en paix avec nos voisins”, a renchéri le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, lors d’une visite fin janvier à Erbil, le chef-lieu du Kurdistan irakien.
L’objectif de l’accord entre le KRG et Bagdad est que l’armée irakienne contrôle la situation et crée un climat favorable au retour de l’ensemble des réfugiés.
Une lettre de Nadia Murad
Dans une lettre rendue publique lundi, Nadia Murad, symbole des victimes yézidies, supplie le gouvernement irakien et la communauté internationale de poursuivre les auteurs des crimes contre les Yézidis qui ont été identifiés par l’équipe des Nations unies (Unitad) qui enquête sur les crimes de l’État islamique. “ Si les crimes de génocide et de violence sexuelle restent non attribués et impunis, ce précédent d’impunité menacera les groupes minoritaires partout”, dit-elle. Nadia Murad est originaire du village de Kocho, au sud de Sinjar. Le 6 février, les restes de 104 Yézidis vont être rapatriés à Kocho après avoir été identifiés à Bagdad. Parmi les dépouilles, figurent deux frères de Nadia Murad : “Ils me manquent chaque jour”, dit-elle.
Ch. Ly.
Photo : Des jeunes femmes yézidies libérées du joug de l'Etat islamique à Lalesh, dans le nord de l'Irak.