Un nouvel incendie ravage un hôpital utilisé pour la crise sanitaire en Irak

À Nassiriya, le bilan est de 92 morts et plus de cent blessés. En filigrane, la déliquescence des services publics et la corruption endémique.

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© AFP

La catastrophe qui a touché l’Irak dans la soirée de lundi et dont le bilan humain s’est alourdi depuis lors en dit long sur la déliquescence des services publics ainsi que le niveau de corruption dans ce pays. Ce dernier constat émane du président de la République lui-même. Un impressionnant incendie a ravagé un hôpital pour patients atteints de Covid-19 à Nassiriya (à environ 350 kilomètres au sud de Bagdad), faisant au moins 92 morts et plus de cent blessés. Ce terrible bilan, à la suite duquel les proches accusent les autorités de négligence, reflète le déroulement implacable des événements.

Une première enquête des autorités policières et de la sécurité civile a établi que le feu a démarré lorsque des étincelles d’un cablage défectueux ont fait exploser un réservoir d’oxygène de l’hôpital Al Hussein de cette ville d’un demi-million d’habitants, située dans le sud de l’Irak et bordée par l’Euphrate. Il s’est ensuite propagé à une vitesse d’autant plus importante aux différents services de l’infrastructure que des panneaux légers avaient été utilisés pour sa construction, laissant peu de chances d’en réchapper aux malades alités et aux personnels hospitaliers.

Un médecin qui avait terminé son service quelques heures plus tôt a déclaré que l’absence de mesures de sécurité élémentaires avait rendu le sinistre inévitable. L’hôpital était ainsi dépourvu d’un système d’extinction automatique et même d’un simple système d’alarme en cas d’incendie. "Nous nous sommes plaints à plusieurs reprises au cours des trois derniers mois qu’une tragédie pouvait survenir à tout moment à partir d’un mégot de cigarette, mais chaque fois, nous obtenions la même réponse des autorités sanitaires : nous n’avons pas assez d’argent", a précisé ce docteur, souhaitant rester anonyme, à l’agence Reuters.

Celui-ci se réfère au dernier trimestre parce que c’est la seconde fois qu’un tel incendie détruit un complexe hospitalier utilisé pour la crise de Covid-19 en trois mois. En avril, une explosion similaire avait déclenché un incendie dans un hôpital de la capitale Bagdad, tuant 82 personnes et en blessant 110 autres.

La pandémie due au coronavirus a officiellement fait 17 677 morts sur 1,46 million de cas en Irak.

Des analyses ADN pour identifier les corps

Après le premier sinistre, le président Barham Saleh avait déjà pointé la corruption endémique dans son pays, profondément déstabilisé et très démuni après plus de quatre décennies de guerres, de guérillas, de sanctions et d’occupations diverses. Le chef de l’État a affirmé sur Twitter que ces deux incendies étaient "le résultat d’une corruption endémique et d’une mauvaise gestion qui méprisent la vie des Irakiens".

La colère des familles et des proches s’est amplifiée à mesure que les services de secours sortaient les corps calcinés de l’édifice. La plupart étaient dirigés vers les morgues de la ville, mais une vingtaine d’entre eux devaient subir des analyses ADN afin de pouvoir être identifiés. Des témoignages ont indiqué aussi que les pompiers étaient en sous-nombre.

Des enquêteurs du gouvernement fédéral sont arrivés mardi à Nassiriya pour établir les circonstances exactes du drame ainsi que les responsabilités, ce que les services du Premier ministre Moustapha Kadhimi ont promis de faire endéans la semaine. Et, compte tenu de l’ampleur de la catastrophe, des responsables de la santé et de la sécurité civile ainsi que le directeur de l’hôpital - au total treize personnes selon un tribunal de la ville - ont d’ores et déjà été suspendus et arrêtés préventivement, à l’initiative du Premier ministre.

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