Au Liban, Saad Hariri renonce à son quatrième cabinet

Le Premier ministre nommé a renoncé après neuf mois d’efforts de formation.

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© AFP

"Lheure de vérité", qu’il avait évoquée la veille, s’est avérée être celle de la démission pour Saad Hariri. Le Premier ministre nommé, qui tentait de constituer son quatrième gouvernement au Liban, a renoncé jeudi à sa mission, pratiquement neuf mois après sa désignation le 22 octobre 2020. Au lendemain de la présentation d’un cabinet de vingt-quatre technocrates, capables selon lui de "sauver le pays et d’éviter son effondrement", M. Hariri a constaté des "divergences fondamentales" avec le président de la République Michel Aoun. Celui-ci avait réclamé des amendements dans l’équipe proposée par le chef du gouvernement désigné.

"Il est clair que sa position n’a pas changé sur le sujet et que nous ne serons pas en mesure de nous mettre d’accord", a affirmé jeudi Saad Hariri suite à une rencontre de vingt minutes avec le Président. "Je lui ai proposé plus de temps pour réfléchir et il a dit : ‘Nous ne pourrons pas nous mettre d’accord’. C’est pourquoi je me suis excusé de ne pas pouvoir former le gouvernement. Que Dieu aide le pays", a-t-il ajouté jeudi à Beyrouth. Michel Aoun a quant à lui précisé que Saad Hariri n’était prêt à discuter d’aucun changement dans son équipe.

L’appui de l’Égypte

Cela faisait plusieurs mois que Premier ministre nommé et chef de l’État s’opposaient sur la formation d’un nouveau gouvernement. M. Hariri tentait de mettre en place un gouvernement d’union nationale à même de répondre à l’urgence de la situation et aux aspirations de la population ainsi que de certains appuis sur la scène internationale. Cette semaine, il venait de glaner l’appui de l’Égypte, un allié du Liban, lors d’une visite au Caire rendue au président Abdel Fattah al Sissi.

M. Hariri, 51 ans, reprochait au président Aoun d’entraver la formation du gouvernement en cherchant à ménager une "minorité de blocage" au sein du prochain cabinet et à imposer une répartition "confessionnelle et partisane" des portefeuilles (comme l’usage le veut au Liban), ce que ce dernier réfutait. Pourtant, comme le relevait jeudi le quotidien beyrouthin L’Orient-Le Jour, Saad Hariri se trouve "empêtré dans un imbroglio politico-personnel avec le chef de l’État et son camp politique, dirigé par son gendre Gebran Bassil, qui dirige le principal bloc politique au parlement.

Désarroi profond

La nouvelle de la démission de Saad Hariri, qui prolonge la plus grave crise politique, économique et sociale de l’histoire récente du Liban, a plongé le pays dans un désarroi plus profond encore. Des manifestants ont coupé, jeudi en début de soirée, des axes routiers importants, en particulier dans les régions sunnites. Et la livre libanaise a encore perdu de sa valeur (90 % au total en près de deux ans). Le tout à trois semaines du premier anniversaire de l’impressionnante explosion qui avait ravagé le port et défiguré une partie de la ville, tuant plus de 200 personnes et faisant des milliers de blessés et de sans-abri.

La nomination de M. Hariri à l’automne dernier, près d’un an après sa démission contrainte suite à l’immense mouvement de contestation populaire, avait douché les espoirs de changement que ce dernier affichait dans les rues. Elle répondait alors à la démission du gouvernement de son successeur, Hassan Diab, suite au drame du 4 août 2020 qui avait achevé de mettre le Liban à genoux, après d’autres épreuves telles la pandémie de Covid-19, la faillite du système financier, la dévaluation de la monnaie nationale, l’accueil des réfugiés syriens…

Elle avait aussi montré les limites d’un système politique communautaire et clientéliste, de plus en plus décrié par la population - dont la moitié émarge désormais sous le seuil de pauvreté. Y avait-il, dans la communauté sunnite (où est sélectionné le Premier ministre) d’autres personnalités capables de conduire un gouvernement dans une telle situation ? La question est de nouveau sur la table du Président.

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