L’Iran a tenté d’enlever une journaliste américano-iranienne aux États-Unis

C’est la thèse de la justice américaine qui a inculpé quatre agents iraniens pour complot.

Masih Alinejad à New York, le 7 avril 2016.
© AFP

L’élection d’Ebrahim Raïssi à la présidence de la République islamique a imposé le remplacement du chef de l’Autorité judiciaire, une fonction qu’il occupait depuis 2019. La nomination, le 1er juillet, de Gholamhossein Mohseni Ejei confirme le verrouillage des principaux postes du régime par le camp ultra-conservateur du guide Ali Khamenei. Ce religieux de 64 ans, premier bras droit de M. Raïssi depuis sept ans, a passé toute sa carrière entre l’autorité judiciaire et les services de renseignement.

Procureur général d’Iran dès 2009 après avoir été quatre ans ministre du Renseignement, il est connu en particulier pour ses positions très dures envers la presse. L’organisation Reporters sans frontières (RSF) constate que l’Iran est loin de gagner au change en voyant Mohseni Ejei succéder à Ebrahim Raïssi. L’ONG française rappelle que le nouveau chef de la Justice iranienne est responsable de l’arrestation et de la condamnation de centaines de journalistes et qu’il est mis en cause dans la disparition de trois reporters et de l’assassinat d’un rédacteur en chef en 1998. L’Union européenne et les États-Unis l’ont placé sur leur liste des responsables iraniens sanctionnés pour son rôle dans la répression des émeutes ayant suivi la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence en 2009.

Ciblée par Téhéran à New York

Si sa désignation permet de mettre en lumière le sort peu enviable de la liberté de la presse en Iran (en 174e position sur 180 pays recensés dans le classement annuel de RSF), elle coïncide avec la révélation d’une affaire qui suggère que des nationaux expatriés, une journaliste en l’occurrence, peuvent aussi être la cible du régime théocratique, et même en territoire américain. La justice américaine a annoncé mardi avoir inculpé quatre personnes, qualifiées d’"agents du renseignement iranien", et lancé un avis de recherche international à leur encontre, les accusant d’avoir préparé l’enlèvement d’une journaliste américano-iranienne installée à New York.

Masih Alinejad, 44 ans, a raconté cette histoire qui remonte à l’année dernière et pour laquelle une Iranienne vivant en Californie a aussi été interpellée, soupçonnée d’avoir aidé au financement et à l’organisation de l’opération. Selon l’acte d’accusation, celle-ci a nécessité la surveillance photographique et filmée, dès juin 2020, de la reporter et de ses proches, ainsi que le recrutement de détectives privés locaux.

"C’est incroyable, je ne peux toujours pas croire que, ici à New York, la République islamique ait pu me menacer, me suivre… Moi, une citoyenne américano-iranienne, ici sur le sol des États-Unis d’Amérique", a-t-elle déclaré dans une interview à la chaîne CNN. Mme Alinejad a été informée de ce complot la ciblant il y a huit mois par le FBI. Elle vit depuis en résidence surveillée par la police fédérale. Selon celle-ci, il s’agirait de la première affaire de ce genre à se dérouler sur le sol américain, alors que "nous avons si souvent entendu que des dissidents iraniens ont été ciblés par des officiels iraniens en Europe", a ajouté la journaliste. Elle a dit avoir été choquée par les détails rendus publics mardi : "Ils me suivaient pour m’attraper et me mettre sur un bateau à destination du Venezuela."

Même condamnation que Khashoggi

Auteure et militante ayant quitté l’Iran en 2009, Mme Alinejad a sans doute dérangé les autorités de Téhéran. Elle est à l’origine du mouvement qui a contesté le port du hejab (foulard traditionnel) imposé aux Iraniennes et réclamé la liberté de choix vestimentaire, lequel avait incité, il y a quelques années, de nombreuses femmes en Iran à poster leur photo sur les réseaux sociaux après avoir ôté celui-ci.

Elle a aussi appelé le gouvernement américain à "agir avec fermeté" face à l’Iran, disant "avoir besoin" du même genre de "condamnation" que celles qui avaient afflué du monde entier après le "meurtre brutal" du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, "parce qu’il y a un autre régime au Moyen-Orient, la République islamique (d’Iran), qui tente d’enlever" des journalistes.

Message bien reçu par la Maison-Blanche qui, suite à l’interview de CNN, a condamné "catégoriquement" cette "tentative présumée, dangereuse et méprisable, de l’Iran d’enlever une citoyenne américaine sur le sol américain". Les autorités iraniennes ont rejeté ces accusations "absurdes et sans fondement", n’y voyant rien d’autre qu’un "scénario hollywoodien".

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