A Doha, l'émouvante rencontre entre réfugiés afghans et deux ministres

"Je veux dire à la communauté internationale: s'il vous plaît, faites quelque chose pour les femmes afghanes". Mercredi, des réfugiés afghans accueillis au Qatar ont rencontré deux ministres, l'une qatarie et l'autre néerlandaise. Avec des messages forts à transmettre.

A Doha, l'émouvante rencontre entre réfugiés afghans et deux ministres
©AFP

Beheshta Arghand est une célébrité et s'en serait bien passée. Elle a fait les unes du monde entier en prenant la fuite d'Afghanistan après avoir été la première Afghane à interviewer un responsable taliban en direct sur la chaîne de télévision privée afghane Tolo News. Peu après, elle a décidé de fuir, craignant pour sa vie au moment où les islamistes prenaient le contrôle du pays.

Face à Sigrid Kaag, ministre néerlandaise des Affaires étrangères, et Lolwah Al-Khater, vice-ministre qatarie des Affaires étrangères, qui visitent un vaste complexe où sont logés des réfugiés afghans, l'émotion submerge l'ex-présentatrice de Tolo News.

"A cause de moi, ma famille va être menacée par les talibans", dit-elle. "Il n'y pas d'avenir pour moi", poursuit-elle. Puis elle se reprend. "Je veux devenir la voix des femmes afghanes (...). La communauté internationale doit dire aux talibans: s'il vous plaît, laissez les femmes aller à l'école et à l'université, elles doivent aller travailler et faire ce qu'elles veulent".

Elle ajoute: "L'islam nous a donné ces droits, alors pourquoi les talibans nous les ont enlevés?"

La "petite princesse" afghane

Les deux ministres se tournent ensuite vers Abdul Nasir Rahimi, ancien traducteur des Marines américains. Il est avec son épouse et sa petite fille Uswa, six ans, que les femmes dévorent des yeux. Mme Kaag sourit et se penche vers celle qu'elle appelle "la petite princesse". "Tu es très belle", dit la grande dame blonde en tailleur à la petite Afghane en robe en jean.

Abdul raconte sa fuite. Il l'a échappé belle: les talibans faisaient du porte-à-porte pour chercher ceux qui collaboraient avec la police, le gouvernement ou l'opposition lorsqu'ils ont frappé chez lui. Sa femme était là mais lui non, heureusement.

Peu après, il fuyait, à deux heures du matin, pour rejoindre un hôtel de la ville où l'attendaient des responsables qataris. Quatre jours plus tard, lui et sa famille étaient en route vers l'aéroport, escortés par des talibans, avant d'être arrêtés pendant une heure par d'autres combattants: "ils n'étaient pas coordonnés", se souvient-il.

"Nous sommes chanceux d'avoir été évacués par les Qataris. (...) Beaucoup de gens qualifiés sont restés là-bas. Je veux moi aussi porter leurs voix", explique-t-il aux deux ministres.

"Ne comptez jamais sur les talibans", martèle-t-il avec force. "Ce n'est pas l'islam! L'islam n'a jamais dit que l'on pouvait tuer des innocents".

A la question de savoir à quoi ressemblera son avenir, il affirme ne pas savoir "de quoi sera fait le lendemain".

"On n'a pas choisi"

"J'ai été impliqué dans 180 projets de développements, du début jusqu'à la fin (de leur exécution). Et maintenant je ne vois rien en Afghanistan".

Les deux ministres sont attentives, mais leur agenda est serré. Mme Kaag doit encore se réunir avec son homologue, le chef de la diplomatie qatarie Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani.

Vient le tour d'une autre réfugiée. "Merci d'être là et de nous écouter. Je m'appelle Maryam Sayar", explique-t-elle. Elle a préparé un discours, qui commence par "Au nom d'Allah". Mais elle ne le lira pas, faute de temps.

"On n'a pas choisi d'être ici", dit-elle. "Ce n'est jamais un choix d'être un réfugié", répond la Néerlandaise en souriant avec compassion.

Plus tôt, la ministre avait été conduite dans une grande pièce où sont entreposés des cartons de couches et de produits hygiéniques féminins, des vêtements et des milliers de bouteilles d'eau.

Elle regarde les repas servis aux réfugiés dans des boîtes en carton: un plat chaud, du yaourt, des fruits, une boisson sucrée. "C'est mieux qu'un repas servi en classe économique", plaisante Mme Kaag.

Le Qatar entretient des relations étroites avec les talibans et se pose en partenaire incontournable de la crise. Le riche émirat gazier a accueilli quelque 50.000 Afghans depuis la prise de pouvoir des islamistes, dont 200 enfants évacués sans leurs parents.

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