Détentions arbitraires, disparitions forcées, tortures, viols... Amnesty International liste les persécutions des réfugiés syriens qui rentrent au pays

Des réfugiés ont subi des persécutions graves, selon un nouveau rapport d’Amnesty.

Détentions arbitraires, disparitions forcées, tortures, viols... Amnesty International liste les persécutions des réfugiés syriens qui rentrent au pays
©AP

Quitter son pays pour fuir la guerre qui s’y déroule, plus de six millions et demi de Syriens s’y sont vus contraints ces dix dernières années. Mais trouver refuge à l’étranger, y vivre, travailler, scolariser ses enfants constituent un long calvaire qui ne prend pas automatiquement fin lorsque le retour au pays est enfin possible. Dans certains cas, l’accueil réservé à ces exilés de la guerre s’avère très éloigné des douces espérances que ceux-ci ont pu nourrir.

Détentions arbitraires et illégales, disparitions forcées, tortures, viols et autres violences sexuelles, la palette des atteintes aux droits de l'homme à laquelle les agents des forces de sécurité ont recours à leur encontre est en réalité bien connue. Ces persécutions mêlent des sentiments de trahison, des accusations de terrorisme, de manque de loyauté et des velléités de revanche et de punition. Le nouveau rapport qu'Amnesty International publie ce mardi, You're going to your death , en dresse l'inventaire complet après avoir obtenu les témoignages de 66 personnes (dont 13 enfants) revenues en Syrie après avoir été contraintes de trouver refuge à l'étranger afin de sauver leur vie.

"Le gouvernement de Bachar al Assad s'efforce de dépeindre la Syrie comme un pays en reconstruction. La réalité est que les autorités syriennes continuent de se livrer à des atteintes aux droits humains systématiques et généralisées qui ont contribué à ce que des millions de personnes cherchent à se mettre à l'abri à l'étranger", souligne Marie Forestier, chercheuse sur les droits des personnes réfugiées et migrantes à Amnesty International. "Le seul fait d'avoir fui la Syrie suffit à placer ceux qui rentrent dans le collimateur des autorités."

"En guise de bienvenue"

L'un des témoignages est celui de Yasmine (prénom d'emprunt), rentrée du Liban avec son fils adolescent et sa fillette de trois ans. Les forces de sécurité les ont arrêtés au poste-frontière et ont accusé Yasmine d'espionnage pour le compte d'un pays étranger. Yasmine et ses enfants ont été transférés dans un centre de détention des services de renseignement, où ils sont restés 29 heures. Des agents l'ont violée et ont violé son fils avec un objet. "C'est en guise de bienvenue dans ton pays. Si tu quittes une nouvelle fois la Syrie et que tu reviens, on t'accueillera encore mieux. On cherche à t'humilier toi et ton fils. Vous vous souviendrez de [cette] humiliation toute votre vie", ont dit ses violeurs.

Le retour de ces Syriens, 280 000 depuis 2016 selon l’Onu, est motivé par un double mouvement. D’une part, le gouvernement syrien encourage publiquement les réfugiés à rentrer. D’autre part, les pays d’accueil commencent à réexaminer les conditions de protection accordées à ceux-ci.

L’existence de ces persécutions devrait faire réfléchir les États qui réévaluent les permis de séjour des demandeurs d’asile provenant de régions de Syrie considérées comme sûres, sous-entend Amnesty. Si Damas et ses alentours sont considérés comme telles, l’ONG affirme qu’un tiers des témoins sont revenus dans cette région. Elle conclut aussi qu’aucune partie du pays n’offre une sécurité telle que les Syriens n’ont pas à craindre des exactions à leur retour.

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