Exécution prévue de Djalali: le Premier ministre belge demande un entretien avec le président iranien

L'annonce, mercredi matin, de la date d'exécution du professeur invité de la VUB condamné à mort en Iran, n'est pas "le fruit d'une coïncidence", estime le médecin de l'UZ Brussel Gerlant Van Berlaer, collègue du professeur Djalali.

Vincent Braun et Belga
Exécution prévue de Djalali: le Premier ministre belge demande un entretien avec le président iranien
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Le Premier ministre belge Alexander De Croo a demandé jeudi à s'entretenir avec le chef de l'Etat iranien, Ebrahim Raïssi, à propos du chercheur Ahmadreza Djalali. La veille, une agence de presse iranienne a annoncé que ce médecin irano-suédois, un conférencier invité de la VUB condamné à mort en 2017 en Iran pour espionnage au profit du Mossad israélien, serait exécuté au plus tard le 21 mai. Le même jour, le procès en Suède d'Hamid Noury, un fonctionnaire pénitentiaire iranien arrêté en 2019 et accusé de crimes contre l'humanité, s'est terminé. Le procureur a requis contre lui la perpétuité pour son implication dans le massacre de milliers de prisonniers politiques en 1988, les fameuses "commissions de la mort" instituées par l'ayatollah Khomeini au sortir de la guerre Iran-Irak.

L'annonce de son exécution ne relève pas de la "coïncidence", selon le Dr. Gerlant Van Berlaer, de l'UZ Brussel, un collègue du professeur condamné, pour qui les deux dossiers sont liés. "Ils ne prennent même pas la peine de le cacher. Ce n'est rien d'autre que de la pression pour influencer encore ce verdict". Il s'agirait, selon lui, d'une manière pour le gouvernement iranien de faire pression sur le système judiciaire suédois alors que le procès Noury doit livrer son verdict le 14 juillet prochain.

Jusqu'à présent, l'information diffusée par l'agence iranienne n'a pas été confirmée ni auprès des Affaires étrangères belges, ni auprès de l'avocat de M. Djalali, ni auprès des autorités suédoises. Néanmoins, la Belgique se dit "particulièrement préoccupée".

Etat de santé préoccupant

Le gouvernement iranien avait déjà tenté d'exercer son influence sur le système judiciaire belge de la même manière, l'année dernière, afin d'essayer de récupérer un de ses diplomates jugé à Anvers dans le cadre d'un attentat déjoué en France. Les autorités iraniennes chercheraient donc à échanger M. Djalali contre des ressortissants jugés à l'étranger. Mais "si elles l'exécutent, alors elles devront trouver une autre monnaie d'échange", assure le médecin urgentiste.

M. Djalali avait été jugé et condamné à mort en 2017, et accusé d'avoir transmis au Mossad -les services de renseignement israélien- des informations sur deux responsables du programme nucléaire iranien, ce qui aurait permis leur assassinat entre 2010 et 2012. Le professeur assure pour sa part avoir été condamné en raison de son refus d'espionner pour le compte de l'Iran lorsqu'il travaillait en Europe.

En février 2018, pendant sa détention, la Suède lui avait accordé la nationalité suédoise, quelques mois après la confirmation par la Cour suprême iranienne de sa condamnation à la peine capitale.

Depuis, l'état de santé de M. Djalali est préoccupant. Le professeur invité de la VUB n'a plus été autorisé à avoir des contacts avec sa femme depuis la fin de l'année dernière, ce qui avait fait craindre son décès. "Cette annonce suggère qu'il est toujours en vie", conclut Gerlant Van Berlaer.

Amnesty nourrit de vives inquiétudes

Amnesty International nourrit mercredi "les plus vives inquiétudes" quant à la situation d'Ahmadreza Djalali après la diffusion par l'agence de presse iranienne ISNA d'une information selon laquelle le médecin irano-suédois serait exécuté au plus tard le 21 mai. Selon la source citée par ISNA, il est en effet question d'une exécution qui surviendrait d'ici à la fin du mois iranien d'Ordibehesht, ce qui correspond à la date du 21 mai.

La dépêche de l'agence ISNA établit, en outre, un lien entre l'exécution prévue d'Ahmadreza Djalali et le procès de Hamid Nouri, un fonctionnaire iranien arrêté en Suède en novembre 2019 et poursuivi dans ce même pays pour son rôle présumé dans les massacres survenus en 1988 dans les prisons iraniennes.

"De telles manœuvres de la part des autorités iraniennes sont inacceptables. Il est littéralement vital que des pays comme la Belgique et la Suède fassent pression sur les autorités iraniennes pour empêcher cette exécution et exigent la libération d'Ahmadreza Djalali", insiste Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d'Amnesty International.

Ahmadreza Djalali est détenu en Iran depuis six ans. Accusé d'espionnage, il a été condamné à mort pour "corruption sur terre" à l'issue d'un procès manifestement inéquitable, d'après l'ONG de défense des droits humains. Son état de santé est, semble-t-il, très détérioré. Le docteur Djalali n'a par ailleurs pas été autorisé à appeler sa femme et ses enfants en Suède depuis novembre 2020.

"Il faut immédiatement empêcher l'exécution d'Ahmadreza Djalali. Nous appelons les dirigeants iraniens à arrêter cette barbarie", plaide de son côté Jan Danckaert, recteur ad interim de la VUB. "Nous demandons au monde entier de maintenir la pression sur l'Iran pour qu'un terme soit mis au traitement injuste et dégradant d'Ahmadreza Djalali. Détenu injustement et dans des conditions honteuses depuis plus de six ans, il doit être libéré de façon à ce que sa famille puisse enfin l'embrasser à nouveau", ponctue-t-il.

Une pétition lancée par Amnesty International, exhortant les autorités iraniennes à annuler la condamnation à mort du docteur Djalali et à le libérer immédiatement et sans condition, a récolté plus de 130.000 signatures en Belgique.