"On n'expulse pas quelqu'un parce qu'il aime une femme ou un homme" : un influenceur français porte plainte après avoir été expulsé de Dubaï

Le paradis des influenceurs... Mais un cauchemar pour les droits de l'homme.

"On n'expulse pas quelqu'un parce qu'il aime une femme ou un homme" : un influenceur français porte plainte après avoir été expulsé de Dubaï
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Une affaire inhabituelle vient d'être ouverte par le parquet de Vesoul, en France. Ibrahim Godin, un influenceur français, vient en effet de porter plainte après avoir été expulsé de l'aéroport de Dubaï par les autorités locales. Le jeune homme de 21 ans, suivi par 600 000 personnes sur Snapchat et TikTok, est persuadé d'avoir été pris par un homosexuel par le policier à qui il a eu à faire. "Ce n'est pas normal!", conteste-t-il.

Les faits se sont déroulés à la mi-mai. Accompagné d'un autre ami influenceur, Ibrahim Godin a décidé de se rendre à Dubaï, destination phare des stars des réseaux sociaux depuis plusieurs années déjà. "Mon passeport était valide, j'avais fait un test PCR, mais un douanier m'a dit d'aller au bureau de l'immigration pour obtenir un visa" , se souvient-il dans un entretien accordé à franceinfo. Le jeune homme restera seul dans cette pièce pendant sept heures, sans manger ni boire. Il est finalement fixé sur son sort lorsqu'un policier lui annonce son expulsion des Émirats arabes unis. Aucun motif ne lui est donné sur le moment.

Alors qu'il est escorté vers l'avion chargé de le ramener en France, Ibrahim explique que le policier l'interpelle. " Le gars qui était avec toi, ce n'était pas plutôt ton petit ami?", l'interroge-t-il selon l'influenceur. Des propos qui l'ont profondément choqué. "C'est débile ! Quand on expulse quelqu'un, c'est qu'il est dangereux ou qu'il n'est pas en règle, pas parce qu'il aime une femme ou un homme", s'insurge-t-il.

Pas "tout beau tout rose"

Toujours dans le flou concernant la raison officielle de son expulsion, Ibrahim Godin espère avoir une réponse grâce à son dépôt de plainte. Mais si le jeune influenceur a décidé de rendre sa mésaventure publique, c'est surtout parce qu'il souhaite faire de la prévention envers ceux et celles qui souhaitent se rendre dans le pays. "Dubaï ce n'est pas tout beau tout rose comme on voit sur les réseaux sociaux", conclut-il.

Le pays a déjà été épinglé par de nombreux rapports d'associations de défenses des droits humains. L'Association internationale lesbienne et gay (ILGA) rappelle, dans une carte publiée en décembre 2020, que l'homosexualité est toujours interdite dans le pays. Les personnes LGBTQI+ y risquent la peine de mort en vertu de la charia, la loi islamique. "Rien ne prouve que cette peine ait été utilisée contre des personnes LGBT", précise toutefois Human Dignity Trust, une organisation internationale qui utilise la loi pour défendre les droits humains des personnes LGBT.

Dans son rapport de l'année 2021, Amnesty International dénonce de graves violations des droits humains commises par les autorités tout au long de l'année. "Notamment des détentions arbitraires, des traitements cruels et inhumains envers des personnes détenues, une répression de la liberté d'expression et des atteintes au respect de la vie privée." L'ONG pointe également du doigt le respect partiel du droit à la santé et l'attitude des autorités envers les personnes apatrides, privées du droit à une nationalité et donc empêchées d'accéder à certains services publics. "Les tribunaux ont prononcé des condamnations à mort et des exécutions ont eu lieu ", note le rapport.

Human Rights Watch affirme que les autorités des Émirats arabes unis continuent malgré tout d'investir dans une stratégie de "soft power" visant à présenter le pays comme progressiste, tolérant et respectueux des droits. "Les Émirats arabes unis continuent d'empêcher les représentants d'organisations internationales de défense des droits humains et les experts des Nations unies de mener des recherches indépendantes dans le pays et de visiter les prisons et les centres de détention" , ajoute l'association.