En visite officielle en Israël, Joe Biden pense à l’Iran plutôt qu’à la Palestine

Le président américain devrait passer deux jours à essayer d’éviter la question palestinienne.

Rouger Nicolas
En visite officielle en Israël, Joe Biden pense à l’Iran plutôt qu’à la Palestine
©AP

Des embouteillages monstres attendent le centre surpeuplé d'Israël aujourd'hui. Dans ce pays où la circulation ressemble parfois à un sport de combat, la première visite officielle du président américain Joe Biden promet de mettre le pays sens dessus dessous. Plus de 16 000 policiers israéliens seront déployés - "presque la totalité de notre force opérationnelle", souligne le chef de la police - ainsi que plusieurs unités de l'armée.

Une visite dans l'État hébreu est une obligation pour un président américain. Israël reçoit près de 3,8 milliards d'euros par an d'aide américaine - environ 247 milliards d'euros depuis sa création. C'est donc un dossier de politique intérieure puissant, surtout à l'approche des élections de mi-mandat. Pour Joe Biden, c'est aussi une question personnelle. Le président catholique se définit comme un sioniste convaincu, répète que si Israël n'existait pas, "il faudrait l'inventer".

En Israël, les politiciens se chamaillent sur le placement des caméras. La visite intervient dans un moment politique délicat, un cinquième cycle électoral en moins de quatre ans. Pour le premier ministre intérimaire, Yaïr Lapid, cette visite est une façon de montrer qu’il sait jouer dans la cour des grands. Comme il est de coutume, M. Biden accordera aussi un entretien de quinze minutes au chef de l’opposition, Benyamin Nétanyahou.

L’Iran dans toutes les têtes

C’est l’Iran qui sera au centre des préoccupations. La volonté de l’administration Biden de réanimer l’accord sur le nucléaire avec Téhéran inquiète les Israéliens. Mais la menace iranienne est une opportunité de taille de renforcer la coopération régionale avec les pays arabes. Joe Biden rejoindra Jeddah vendredi pour assister au forum annuel du Conseil de coopération du Golfe, auquel la Jordanie et l’Égypte sont aussi conviés.

Le président américain avait promis de faire de l’Arabie saoudite un État paria. La géopolitique prime : l’allié saoudien se révèle essentiel, surtout pour affaiblir Moscou en augmentant sa production d’hydrocarbures. À Washington, on modère les attentes sur la nouvelle architecture sécuritaire que Washington aimerait construire au Moyen-Orient. Il est très probable que les espoirs américains de construire un pacte de défense commune israélo-saoudien soient loin d’être possibles. Le vol direct d’Air Force One, très symbolique, entre Israël et Jeddah devra peut-être suffire.

La cause palestinienne à la peine

À ce jeu, les Palestiniens se révèlent être les grands perdants. Joe Biden rencontrera vendredi le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Bethléem. Il annoncera sans doute des mesures de soutien symboliques. Au début de son mandat, son intention était de réparer la relation avec Ramallah, brisée sous Donald Trump. Il l’a fait purement par le portefeuille, en ignorant les doléances politiques des Palestiniens.

Le consulat des États-Unis dédié aux Palestiniens ne rouvre pas ; l'enquête sur la mort de la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh a été classée sans suite. Les demandes de rencontre des responsables de la communauté chrétienne, inquiète des pressions mises sur son histoire et son patrimoine à Jérusalem, ont aussi été rejetées. L'expansion des colonies et les combats quotidiens entre armée israélienne et militants palestiniens, continuent à le montrer : le conflit est loin d'avoir disparu.

"Notre relation avec les États-Unis ressemble aujourd'hui à celle que nous avons avec Israël : nous servons uniquement leurs besoins sécuritaires", explique Dimitri Diliani, membre du Conseil révolutionnaire du Fatah.

La faute retombe aussi sur Mahmoud Abbas, insiste M. Diliani, qui, comme 80 pour cent des Palestiniens, demande son départ. Son gouvernement, rongé par la corruption et l'incompétence, n'est pas à même de négocier. "Tout ce qu'on peut faire, c'est attendre qu'il disparaisse. Il a 86 ans, c'est un gros fumeur… En attendant, on ne peut qu'espérer alléger les effets de l'occupation."

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