Iran: l’ayatollah Khamenei s’oppose à une nouvelle intervention turque en Syrie

Le plus haut responsable iranien estime qu’une opération serait "préjudiciable pour la région".

D'après AFP
Iran: l’ayatollah Khamenei s’oppose à une nouvelle intervention turque en Syrie
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Le président russe Vladimir Poutine est arrivé mardi après-midi à Téhéran pour des discussions avec ses homologues iranien et turc sur le conflit en Syrie, mais aussi sur la guerre en Ukraine. Le président turc Recep Tayyip Erdogan, est pour sa part arrivé dès lundi soir et a eu des entretiens bilatéraux avec les dirigeants iraniens.

Le sommet tripartite intervient quelques jours après la tournée du président américain Joe Biden au Moyen-Orient, où il s’est rendu en Israël, ennemi numéro un de l’Iran, et en Arabie saoudite, son puissant rival régional.

Il sera essentiellement dominé par la Syrie où la Russie, la Turquie et l’Iran représentent des acteurs majeurs dans la guerre qui ravage le pays depuis 2011, Moscou et Téhéran soutenant le régime de Bachar al-Assad et Ankara appuyant des rebelles. Les trois pays ont lancé en 2017 le processus dit d’Astana, visant officiellement à ramener la paix en Syrie.

L’ayatollah Khamenei dit "non"

Le président Erdogan a été reçu mardi matin par son homologue iranien, Ebrahim Raïssi, avant une rencontre avec le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, selon la télévision d’État.

M. Khamenei a réitéré l'opposition de son pays à une éventuelle opération militaire turque en Syrie, la jugeant "préjudiciable" pour la région, selon un communiqué officiel. "Une offensive militaire (contre les combattants kurdes dans le nord de la Syrie, NdlR) sera définitivement préjudiciable pour la Syrie, la Turquie et la région", a-t-il déclaré. Toutefois, le guide suprême a promis à M. Erdogan que l'Iran "coopérera" avec la Turquie dans sa "lutte contre le terrorisme", tout en soulignant que "les terroristes ne se limitent pas à un groupe spécifique".

La Turquie cherche à compléter une "zone de sécurité" de 30 kilomètres à la frontière avec la Syrie et à obtenir le feu vert de l’Iran et la Russie pour une nouvelle intervention armée dans le nord du pays. L’armée turque, déjà présente dans des zones du nord syrien limitrophes de la Turquie, a lancé entre 2016 et 2019 avec l’aide de supplétifs syriens trois opérations d’envergure en Syrie.

Elle veut lancer une nouvelle opération contre Tal Rifaat et Manbij, deux localités sous contrôle des Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde accusée par la Turquie d’être affiliée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) - classé comme terroriste par Ankara et l’Union européenne.

Ces groupes "sont en effet un gros problème pour" l'Iran et la Turquie et "nous devons lutter contre ces organisations terroristes dans la solidarité et l'alliance", a soutenu M. Erdogan lors d'une conférence de presse à Téhéran.

Les Kurdes ne veulent pas être abandonnés

Le 15 juillet, le leader des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes et soutenues par Washington, avait exhorté Moscou et Téhéran à empêcher Ankara de lancer une nouvelle attaque dans le nord de la Syrie. "Nous espérons que (ces attaques) ne se reproduiront plus et que les Kurdes […] ne seront pas laissés pour compte lors des négociations entre les grandes puissances", avait déclaré le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi, lors d'une conférence de presse à Hassaké, dans le nord-est de la Syrie. "Après de récentes discussions avec la Russie dans le but de protéger ces régions, nous avons accepté de laisser entrer un plus grand nombre de soldats syriens à Kobani et Manbij (villes à majorité kurde dans le Nord, NdlR) en plus des troupes déjà présentes à la frontière", avait ajouté M. Abdi sans plus de détails.