"Déplorable, offensante" et "politique": en Israël, l'intention russe de fermer l'Agence juive vue comme une punition

En Israël, la volonté de Moscou de fermer l'Agence juive est considérée comme une mesure punitive en réaction aux positions du nouveau Premier ministre, Yaïr Lapid, contre l'offensive russe en Ukraine.

"Déplorable, offensante" et "politique": en Israël, l'intention russe de fermer l'Agence juive vue comme une punition
©AFP

Un tribunal moscovite a indiqué jeudi que le ministère russe de la Justice avait demandé la dissolution sur son sol de l'agence para-gouvernementale chargée de l'immigration juive en Israël, arguant d'infractions à la loi.

Vendredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a réaffirmé que cette mesure était une question de "respect de la loi russe".

Promettant d'"agir par la voie diplomatique" pour permettre à l'organisation de continuer son travail, M. Lapid a annoncé l'envoi d'une délégation israélienne la semaine prochaine à Moscou.

D'autres voix au sein du gouvernement se sont fait plus vigoureuses, le ministre de la Diaspora, Nahman Shai, affirmant que "la tentative de punir l'Agence juive pour la position d'Israël sur la guerre était déplorable et offensante".

"Les juifs russes ne seront pas pris en otages par la guerre en Ukraine", a-t-il encore tweeté.

Après l'invasion russe en Ukraine en février, Israël a d'abord adopté une position prudente, le Premier ministre alors en poste, Naftali Bennett, faisant valoir des liens privilégiés avec les deux pays, alors que l'Etat hébreu compte plus d'un million de citoyens originaires de l'ex-Union soviétique.

Yaïr Lapid, alors chef de la diplomatie, avait lui vivement condamné "une grave violation de l'ordre international".

"Il est clair pour toutes les personnes impliquées dans les relations israélo-russes que la décision (concernant l'Agence juive) est politique, du fait de la position d'Israël et de Lapid sur la guerre en Ukraine", écrit vendredi le commentateur politique Itamar Eichner dans le journal Yediot Aharonoth.

Pour l'analyste Ksenia Svetlova, si l'intention russe s'inscrit dans un contexte de durcissement général vis-à-vis des organisations étrangères, il est aussi question pour Moscou de s'"ingérer" dans les élections israéliennes, lors desquelles l'ancien Premier ministre, Benjamin Netanyahu, le plus pérenne de l'histoire d'Israël écarté du pouvoir en juin 2021 par l'alliance Bennett-Lapid, espère signer son grand retour.

"Exprimer un mécontentement"

"Il s'agit peut-être d'une mesure visant à freiner (M. Lapid), l'empêcher de vendre des armes à l'Ukraine ou de fournir une autre forme de soutien, mais aussi d'un geste envers celui qui l'attaque constamment et qui veut le remplacer, Netanyahu", dit à l'AFP Mme Svetlova, du centre de recherches israélien Mitvim.

Entre les deux pays, il est aussi question d'une querelle sur les droits de propriété d'une église russe à Jérusalem, dossier sur lequel "les Russes veulent faire pression", estime Itamar Eichner.

Mais pour Michael Oren, ex-ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, l'affaire relève avant tout de la géopolitique au Moyen-Orient, alors que l'Etat hébreu mène des raids en Syrie voisine, où Moscou est présent en soutien au régime.

Israël y cible notamment des groupes proches de l'Iran, son ennemi numéro un.

"La question principale est celle de notre capacité à opérer librement en Syrie, alors que la Russie nous menace sans arrêt d'y agir contre nous", affirme M. Oren, pour qui s'attaquer à l'Agence juive "est une façon plus simple d'exprimer un mécontentement".

Les frappes israéliennes contre l'aéroport de Damas ou le port de Tartous, où Moscou dispose d'une base navale, ont particulièrement "fâché les Russes", renchérit Itamar Eichner.

Avec l'invasion de l'Ukraine, l'isolement de la Russie sur la scène internationale la pousse "à pas de géants" vers l'Iran, souligne par ailleurs Mme Svetlova, quelques jours après un sommet entre les présidents russe, iranien et turc à Téhéran.

"La politique israélienne à long terme est de garder de bonnes relations avec la Russie (...) tout en empêchant des ventes d'armes à l'Iran", ajoute-t-elle. "Il n'est pas certain qu'Israël puisse y parvenir car les camps au Moyen-Orient sont devenus clairs, les visites de (Joe) Biden (en Israël) et de (Vladimir) Poutine (en Iran) l'ont montré".