"Un gouvernement qui attaque ses propres enfants est un gouvernement qui a perdu toute humanité"

Depuis près de quatre semaines et la mort en détention de Mahsa Amini le 16 septembre, le peuple crie sa rage en Iran. Dans les universités, une jeunesse chante son envie de changement.

Les manifestations de soutien au mouvement social iranien se multiplient. Une photo de l'Iranienne Mahsa Amini est montrée lors d'une manifestation du " Conseil national de la résistance iranienne " à Berlin, en Allemagne, mercredi 28 septembre 2022.
Les manifestations de soutien au mouvement social iranien se multiplient. Une photo de l'Iranienne Mahsa Amini est montrée lors d'une manifestation du " Conseil national de la résistance iranienne " à Berlin, en Allemagne, mercredi 28 septembre 2022. ©AP

Depuis la mort de Mahsa Amini, jeune Kurde iranienne de 22 ans, les manifestations défilent en Iran et dans le reste du monde. Des dizaines de personnes, principalement des manifestants mais aussi des membres des forces de sécurité, ont été tuées depuis le 16 septembre lors de ces rassemblements que le régime qualifie d'émeutes. Des centaines de personnes ont également été arrêtées.

La jeunesse est fortement représentée dans les différents cortèges et elle amène évidemment sa colère dans les écoles et les universités. Lors du premier week-end d'octobre, une manifestation rassemblant plusieurs centaines d’étudiants a été violemment réprimée par les forces de l’ordre dans une des plus importantes universités scientifiques d’Iran.

Des étudiants de la Sharif University of Technology auraient organisé des sit-in silencieux dans tous les bâtiments et brandi des pancartes pour protester contre les arrestations et les violences subies par leurs camarades. Un grand nombre d'étudiants aurait également boycotté les cours pour demander la libération d'autres jeunes. La manifestation s'est étalée sur deux jours et la police aurait encerclé les lieux. Le climat est devenu de plus en plus tendu et la plupart des étudiants qui voulaient quitter le campus ont été arrêtés par les forces de sécurité. La police aurait frappé, tiré des balles de peinture et arrêté un grand nombre d'étudiants, selon le rapport du Conseil syndical des étudiants universitaires. "Plusieurs professeurs présents ont tenté de protéger les étudiants pour qu'ils ne soient pas arrêtés", écrit le Conseil.

"Un gouvernement qui bat et attaque ses propres enfants pour avoir protesté pacifiquement contre des abus flagrants de l'État est un gouvernement qui a perdu tout lien avec son peuple, tout respect de la loi et tout semblant d'humanité", a déclaré Hadi Ghaemi, directeur exécutif de Human Rights in Iran (CHRI). "La violence brutale de la République islamique, que les autorités iraniennes pensent manifestement pouvoir exercer en toute impunité, doit être condamnée au niveau international dans les termes les plus forts et au plus haut niveau de l'État."


Sur base des rapports déjà publiés et des vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, l'association de défense des droits humains craint que la répression actuelle soit "la plus sanglante envers le mouvement étudiant iranien dans l'histoire de la République islamique."

L'association appelle la République islamique à mettre fin à l'arrestation arbitraire et illégale des étudiants protestataires, à libérer tous les manifestants détenus, et à permettre aux étudiants de tenir des manifestations sans aucune menace ou crainte d'arrestation arbitraire ou de violence. "Nous appelons également tous les professeurs, universitaires et leurs institutions à travers le monde entier à condamner la violence brutale de la République islamique d'Iran contre les étudiants iraniens et à soutenir fermement leurs collègues et étudiants en Iran", note le CHRI.

Du côté des autorités iraniennes, on maintient que ces protestations sont fomentées par des opposants à l'étranger. "Je dis clairement que ces émeutes et l'insécurité sont l'œuvre de l'Amérique, du régime sioniste (Israël, ndlr) usurpateur, et leurs agents, avec l'aide de certains Iraniens traîtres à l'étranger", a réagi le guide suprême de la République islamique Ali Khamenei.

Sur internet, les vidéos d'étudiants qui piétinent les portraits des dirigeants, qui retirent et brûlent leur foulard, continuent d'affluer.