L'Iran annonce avoir fabriqué un missile balistique hypersonique

L'Iran a affirmé jeudi avoir fabriqué un missile balistique hypersonique, une arme manoeuvrable, "capable de traverser tous les systèmes de défense antimissile", allongeant la liste des pays qui ont déjà annoncé développer cette technologie.

<p>Capture écran d'une vidéo de la télévision d'Etat iranienne montrant le commandant de la branche aérospatiale des Gardiens de la Révolution, Amirali Hajizadeh, lors d'une conférence de presse à Téhéran, le 11 janvier 2020</p>
Amirali Hajizadeh lors d'une confrence de presse à Téhéran, le 11 janvier 2020 ©IRINN/AFP

Un missile hypersonique évolue à des vitesses supérieures à 6.000 kilomètres à l'heure, soit cinq fois la vitesse du son.

"Ce missile balistique hypersonique peut contrer les boucliers de défense anti-aérienne", a déclaré le général Amirali Hajizadeh, le commandant de la Force aérospatiale des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran.

"Il pourra traverser tous les systèmes de défense antimissile et je ne pense pas qu'il existera avant des décennies une technologie pour y faire face", a-t-il assuré, cité par l'agence Fars.

Selon le général Hajizadeh, "ce missile qui cible les systèmes antimissiles ennemis représente un grand saut de génération" dans ce domaine.

Selon la revue britannique Janes, les missiles hypersoniques posent des défis aux concepteurs de radars en raison de leur vitesse élevée et de leur maniabilité.

A l'inverse des missiles balistiques, ils volent à basse altitude dans l'atmosphère et sont manoeuvrable, ce qui rend leur trajectoire difficilement prévisible et leur interception difficile.

La Russie en avance

La Russie, la Corée du Nord et les Etats-Unis avaient annoncé en 2021 avoir procédé à des essais de missiles hypersoniques, ravivant les craintes d'une nouvelle course à l'armement. Mais c'est la Russie qui a pris une longueur d'avance, avec plusieurs types de ces missiles.

En mars, dans les premières semaines de l'invasion de l'Ukraine lancée le 24 février, la Russie avait annoncé avoir utilisé des missiles hypersoniques Kinjal, ce qui constituait probablement une première, Moscou n'ayant jusque-là jamais fait état de l'emploi de ce type d'armes sauf pour des essais.

La Chine a plusieurs projets, qui semblent directement inspirés des programmes russes, selon une étude du centre de recherche du Congrès américain. Elle a notamment testé un planeur hypersonique d'une portée de 2.000 km.

L'annonce iranienne survient alors que les Occidentaux tentaient depuis plus d'un an de relancer le JCPOA, l'accord sur le nucléaire conclu en 2015 entre les grandes puissances et Téhéran.

Cet accord visant à empêcher l'Iran de se doter de l'arme atomique en échange d'une levée des sanctions internationales est en déliquescence depuis le retrait unilatéral en 2018 des Etats-Unis sous la présidence de Donald Trump, qui a entraîné l'affranchissement progressif par Téhéran de ses obligations.

Les négociations, déjà dans l'impasse, semblent aujourd'hui impossibles.

Le 5 novembre, l'Iran avait par ailleurs annoncé avoir testé avec "succès" une fusée capable de transporter des satellites dans l'espace.

Les gouvernements occidentaux craignent que les systèmes de lancement de satellites intègrent des technologies interchangeables avec celles utilisées dans les missiles balistiques capables de livrer une ogive nucléaire, ce que l'Iran a toujours nié vouloir construire.

Téhéran insiste sur le fait que son programme spatial est à des fins civiles et de défense uniquement, et ne viole pas l'accord de 2015 ni aucun autre accord international.

Avertissement à l'Arabie saoudite

Alors que l'Iran et la Russie, tous deux frappés par des sanctions occidentales, ont opéré un rapprochement ces derniers mois, Téhéran avait reconnu le 5 novembre avoir livré des drones à la Russie, mais avant la guerre en Ukraine. Kiev et les Occidentaux accusent Moscou d'utiliser des drones iraniens pour ses attaques contre civils et infrastructures.

L'Iran, secoué depuis près de deux mois par des manifestations déclenchées par la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une jeune Kurde iranienne arrêtée par la police des moeurs, accuse ses "ennemis", en particulier les Etats-Unis, de vouloir déstabiliser le pays.

Mercredi, Téhéran a averti les pays de la région, notamment l'Arabie saoudite, qu'il riposterait à toute action de déstabilisation visant la République islamique.

"Je voudrais dire à l'Arabie saoudite que notre destin et celui des autres pays de la région sont liés les uns aux autres en raison de notre voisinage", a déclaré le ministre iranien des Renseignements, Esmaïl Khatib, cité par le site Khamenei IR.

"Pour l'Iran, toute instabilité dans les pays de la région est contagieuse, et toute instabilité en Iran peut être contagieuse pour les pays de la région", a-t-il dit.