Iran: première exécution d'un homme impliqué dans les troubles

L'Iran a exécuté jeudi pour la première fois depuis le début des manifestations de protestation qui secouent le pays, un homme accusé d'avoir blessé un paramilitaire après avoir bloqué la circulation sur une avenue de Téhéran, selon Mizan Online, l'organe du pouvoir judiciaire.

<p>Photo obtenue par l'AFP hors d'Iran le 21 septembre 2022 d'une manifestation à Téhéran après la mort de Mahsa Amini en détention</p>
©AFP/Archives

"Mohsen Shekari, un émeutier qui avait bloqué le 25 septembre le boulevard Sattar Khan et poignardé avec une machette un Bassidj, a été exécuté jeudi matin à Téhéran", précise cette agence

Au total, onze personnes risquent le même sort pour leur participation aux manifestations.

L'Iran est le théâtre d'un mouvement de contestation déclenché par la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans décédée trois jours après son arrestation par la police des moeurs pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique imposant notamment le port du voile pour les femmes.

Selon l'agence du pouvoir judiciaire, Mohsen Shekari avait été accusé d'être un "ennemi de Dieu" et condamné par le tribunal révolutionnaire de Téhéran le 1er novembre. Son appel a été rejeté par la Cour suprême le 20 novembre rendant la peine exécutoire.

L'autorité judiciaire précise que Mohsen Shekari a été reconnu coupable d'avoir dégainé "son arme avec l'intention de tuer, de provoquer la terreur et de troubler l'ordre et la sécurité de la société".

"Il a intentionnellement blessé un Bassidj à l'arme blanche, qui a nécessité 13 points de suture alors qu'il accomplissant son devoir, et a bloqué la rue Sattar Khan à Téhéran", ajoute l'agence.

Selon Mizan, "Shekari a ensuite tenté de fuir mais a été arrêté par les forces de l'ordre."

Dans ses aveux, il a déclaré selon l'organe de l'autorité judiciaire: "Après mon travail dans le quartier de Narmak (est de Téhéran), je me suis rendu avec Ali (son complice) en moto dans le quartier de Sattar Khan (ouest) et nous avons fermé l'intersection aux automobiles".

"Frappe un agent de sécurité"

"Ali m'a donné une machette et m'a dit si tu frappes un agent de sécurité, je te paierai bien", a-t-il ajouté. Le tribunal n'a pas précisé si Ali a été arrêté.

Le Bassidj blessé a raconté avoir vu à l'intersection "deux hommes de grande taille qui essayaient de bloquer la rue, et l'un d'eux tenait une machette à la main contraignant les automobilistes bloqués de scander des slogans" contre les autorités.

"Je suis descendu de la moto et je suis allé voir l'accusé. Lorsque je lui ai demandé ce qu'il faisait, il m'a attaqué et blessé à l'épaule", a dit ce membre de la milice des Bassidji liée aux Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique.

Mardi, la justice iranienne avait prononcé la peine capitale à l'encontre de cinq personnes pour avoir tué un paramilitaire lors des manifestations, portant à onze le nombre de condamnations à mort.

Depuis les début des manifestations à la mi-septembre, les autorités dénoncent des "émeutes", accusant régulièrement les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux ainsi que des groupes kurdes basés à l'étranger, d'être les instigateurs de ce mouvement de contestation sans précédent.

Des milliers de personnes dont des journalistes, des acteurs et des avocats ont été interpellées lors des manifestations.

Plus de 2.000 personnes ont été inculpées, dont la moitié à Téhéran, depuis le début de la contestation, selon les chiffres officiels de la justice iranienne.

Le Conseil suprême de la sécurité nationale a indiqué samedi que "plus de 200 personnes" incluant civils et forces de sécurité avaient été tuées. Un général des Gardiens de la Révolution avait lui fait état avant de plus de 300 morts.