Le feu est parti de bouteilles d'oxygène "stockées sans respect des conditions de sécurité" à l'hôpital Ibn al-Khatib à Bagdad, selon des sources médicales.

"Cinquante-huit personnes, dont 28 étaient sous respirateur, ont été tuées", a indiqué Ali al-Bayati, membre de la Commission gouvernementale des droits humains.

Au-delà du bilan extrêmement lourd, les Irakiens ont exprimé leur colère après que des sources médicales et de sécurité ont attribué l'incendie à de la négligence. Un phénomène qui va de pair en Irak avec la corruption endémique et les hôpitaux déliquescents, sans oublier le départ de nombreux médecins qui ont émigré au gré de 40 années de conflits dans le pays.

Après ce drame, le hashtag "Démission du ministre de la Santé" était en tête des mots-clés sur Twitter en Irak.

Le Premier ministre Moustafa al-Kazimi, qui a proclamé trois jours de deuil national, a annoncé l'ouverture d'une enquête et réclamé des conclusions "sous 24 heures".

Il a d'abord suspendu de leurs fonctions le patron de la Santé du secteur oriental de Bagdad, le directeur de l'hôpital et les chef de la sécurité et de l'entretien technique. Ils sont interrogés et ne seront pas relâchés "avant de juger ceux qui ont fauté", a-t-il dit, alors que le Parlement a annoncé consacrer sa séance de lundi à cette tragédie. Plus tard dans la journée de dimanche, le président a annoncé également la suspension de son ministre de la Santé, comme réclamé par les Irakiens. Et le président a donc annoncé dimanche dans l'après-midi la suspension du ministre de la Santé, Hassan al-Tamimi.

Dimanche aux premières heures, alors que des dizaines de proches étaient au chevet de "30 patients dans l'unité de soins intensifs" d'Ibn al-Khatib, réservé aux cas les plus graves, des flammes ont gagné les étages.

"L'hôpital n'avait pas de système de protection contre les incendies et les faux-plafonds ont permis la propagation du feu jusqu'à des produits hautement inflammables", a expliqué la Défense civile. "La plupart des victimes sont mortes car elles ont été déplacées et privées de ventilateurs. D'autres ont été étouffées par la fumée."

Aide des habitants

Alors que les pompiers s'activaient à éteindre l'incendie au milieu d'une cohue de malades et de proches tentant de s'échapper du bâtiment, de nombreux habitants ont prêté main-forte.

Amir, 35 ans, a raconté à l'AFP avoir "sauvé de justesse ses frères qui se trouvaient à l'hôpital". "Ce sont les gens qui ont sorti les blessés" de l'hôpital.

C'est un "crime" contre "des patients harassés par le Covid-19 qui ont remis leur vie entre les mains du ministère de la Santé, et qui au lieu d'être guéris ont péri dans les flammes", a dénoncé la Commission gouvernementale des droits humains.

C'est le cas d'Ali Ibrahim, 52 ans, que ses proches ont enterré dimanche à Zaafaraniya, quartier proche de l'hôpital.

"Il venait de passer 12 jours à l'hôpital et devait sortir samedi soir après s'être rétabli. Il attendait seulement le résultat du dernier test au Covid-19", a raconté l'un de ses proches à l'AFP.

"Choc"

La mission de l'ONU en Irak a parlé dans un communiqué d'"énorme incident tragique", disant "sa douleur et son choc".

Les cas de Covid-19 ont dépassé mercredi le million en Irak, avec plus de 15.000 morts. Le pays, probablement en raison de sa population, l'une des plus jeunes au monde, enregistre un nombre de décès dus au Covid-19 relativement bas.

Pour éviter les hôpitaux délabrés, les malades préfèrent généralement installer une bouteille d'oxygène chez eux.

Début mars, une timide campagne de vaccination a vu le jour en Irak où la population, qui boude les masques depuis le début de l'épidémie, reste très sceptique.

Sur près de 650.000 doses de différents vaccins --la quasi-totalité reçues sous forme de don ou via le programme international Covax-- environ 300.000 ont déjà été administrées, selon le ministère de la Santé.