Le conflit entre Israël et le Hamas, entré dimanche dans son septième jour, ne montre aucun signe de répit. L’aviation israélienne a mené dans la nuit de samedi à dimanche son raid le plus intense - et le plus meurtrier - de la semaine contre l’enclave palestinienne, tuant 42 personnes, dont 16 femmes et au moins 10 enfants, selon le ministère local de la Santé.

Netanyahou inflexible

Depuis lundi, les raids israéliens à Gaza ont fait au moins 190 morts - dont 57 enfants - et plus de 1 230 blessés. En Israël, 10 personnes ont été tuées dont un enfant, et 282 blessées, dans les tirs de roquettes palestiniennes, qui se poursuivent. Selon l’armée israélienne, plus de 120 roquettes ont encore été tirées de Gaza vers l’État hébreu dans la nuit de samedi à dimanche, soit plus de 3 000 depuis lundi, le rythme le plus élevé jamais observé, a indiqué Tsahal. La grande majorité a été interceptée par le bouclier antimissiles du "Dôme de fer".

"Il n’y a pas d’opération plus juste ou plus morale", a martelé samedi soir dans une intervention télévisée le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Il a laissé entendre que les combats dureraient encore "quelques jours" et mis en garde les dirigeants du mouvement islamiste : "Vous ne pouvez pas vous cacher, ni au-dessus de la terre ni en dessous. Personne n’est à l’abri." Dimanche matin, l’armée israélienne a indiqué avoir frappé le domicile du chef du Hamas dans la bande de Gaza, Yahya Sinouar. On ignore encore si l’homme, emprisonné pendant vingt ans par Israël puis élu à ce poste en 2017, se trouvait dans l’édifice détruit.

Alors que les deux camps sont jusqu’à présent restés sourds aux multiples appels internationaux à la cessation des hostilités, le Conseil de sécurité de l’Onu a entamé dimanche après-midi sa troisième réunion de la semaine, mais la première publique, sur ce sujet. Lors des deux réunions à huis clos tenues lundi puis mercredi, Washington avait empêché l’adoption d’une déclaration unanime appelant à la fin des violences.

Biden s’implique enfin

Très critiqué pour sa discrétion depuis le début de la semaine, Joe Biden a semblé samedi s’impliquer davantage pour tenter d’apaiser les vives tensions entre Israël et le Hamas. Il s’est entretenu dans la journée avec le Premier ministre israélien et, pour la première, avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dont l’influence sur les événements à Gaza, contrôlée par ses rivaux du Hamas, est toutefois inexistante.

Au premier, le président américain a dit sa "grande inquiétude" après l’escalade des violences, ainsi que sa préoccupation concernant "la sécurité des journalistes" après la frappe israélienne qui a détruit l’immeuble abritant l’agence américaine AP et la télé qatarie Al-Jazeera à Gaza. Il a également réaffirmé au leader de l’État hébreu son "fort soutien au droit d’Israël à se défendre contre" les attaques menées par le mouvement islamiste Hamas "et d’autres groupes terroristes à Gaza".

Lors de sa discussion avec le président palestinien Mahmoud Abbas, Joe Biden a d’abord demandé que le Hamas "cesse de tirer des roquettes" sur Israël. Le président des États-Unis a ensuite "exprimé son soutien à des mesures pour permettre au peuple palestinien de jouir de la dignité, de la sécurité, de la liberté et des opportunités économiques qu’il mérite". Enfin, Joe Biden a plaidé pour une "solution négociée à deux États", qui est selon lui "la meilleure voie pour parvenir à une résolution juste et durable du conflit israélo-palestinien".

En parallèle, l’émissaire américain dépêché dans la région a rencontré samedi les deux parties. Ce haut responsable du département d’État américain, Hady Amr, doit de nouveau s’entretenir dimanche avec des dirigeants israéliens à Jérusalem et se rendre en Cisjordanie occupée pour des discussions avec des responsables palestiniens. Par ailleurs, une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de l’UE se tiendra mardi, a indiqué le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

Lors de sa traditionnelle prière dominicale, le pape François s’est exprimé pour la première fois sur les violences de cette semaine, déplorant notamment le décès "inacceptable" de dizaines d’enfants. "J’appelle au calme, et les responsables à faire taire la clameur des armes et à prendre le chemin de la paix", a déclaré le souverain pontife. Ajoutant : "De nombreux innocents sont morts, et parmi eux se trouvent des enfants. C’est terrible. Inacceptable. Leur mort est un signe que [les gens] ne veulent pas construire un futur, mais le détruire. Je me demande où la haine et la vengeance conduiront ?"

Mobilisation de la rue

Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du monde samedi en soutien aux Palestiniens, et notamment place de l’Albertine à Bruxelles, où 3 000 personnes selon un décompte de la police ont manifesté pour commémorer la Nakba - la "catastrophe" en arabe, marquant le début de l’exode de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création d’Israël en mai 1948 - et dénoncer l’actuelle escalade de la violence en Israël et en Palestine depuis plusieurs années.