L'un des deux projectiles est tombé aux abords de la base aérienne de l'aéroport de Bagdad, où sont postés les troupes de la coalition antijihadistes emmenée par Washington, a précisé à l'AFP un responsable des services de sécurité.

Le second a été intercepté par des systèmes de défense C-RAM, des batteries anti-aériennes installées par les Américains pour protéger leurs hommes à Bagdad et au Kurdistan irakien après des dizaines d'attaques à la roquette, a poursuivi le responsable sous le couvert de l'anonymat.

L'attaque n'a pas été revendiquée dans l'immédiat mais Washington accuse régulièrement les groupes armés irakiens proches de l'Iran, légion en Irak, de viser ses troupes et ses diplomates à Bagdad et sur les différentes bases militaires où ils se trouvent à travers le pays.

Au total, près d'une trentaine d'attaques, à la bombe ou à la roquette, ont visé des convois logistiques irakiens de la coalition, des bases abritant des soldats américains ou des représentations diplomatiques américaines depuis l'arrivée au pouvoir fin janvier de Joe Biden.

A cause d'elles, deux sous-traitants étrangers, un sous-traitant irakien et huit civils irakiens ont été tués.

Des dizaines d'autres salves de roquettes ont visé les Américains depuis l'automne 2019 sous l'administration de Donald Trump, faisant également des morts et des blessés.

Mi-avril, les attaques ont franchi un nouveau palier: pour la première fois les factions irakiennes pro-Iran ont mené une attaque au drone suicide sur une base abritant des Américains à l'aéroport d'Erbil, dans le nord kurde du pays.

L'Irak en étau

Ces tirs sont parfois revendiqués par des groupuscules obscurs, en réalité des faux-nez des groupes armés pro-Iran présents de longue date dans le pays, estiment les experts en citant les discours de leurs leaders qui menacent régulièrement de "frapper plus souvent et plus fort" les 2.500 soldats américains encore stationnés en Irak.

Ces derniers mois, des leaders du Hachd al-Chaabi, une coalition d'anciens paramilitaires pro-Iran désormais intégrés aux troupes irakiennes, n'ont cessé de menacer les Etats-Unis du pire.

Parfois, assurent des experts, au grand dam de Téhéran qui cherche la désescalade pour revenir à l'accord de 2015 avec les Etats-Unis sur son programme nucléaire.

L'Iran manie en Irak deux outils: la diplomatie --certains de ses responsables y ont récemment rencontré de hauts responsables saoudiens, grands alliés de Washington pour reprendre langue-- mais aussi la menace armée.

Régulièrement, des responsables irakiens rapportent à l'AFP que des responsables à Téhéran jouent avec eux la carte milicienne dans diverses négociations, politiques et économiques, menaçant de lâcher du lest aux combattants pro-Iran si Bagdad n'abdique pas, ou, au contraire, de faire cesser les attaques, si Bagdad aquiesce.

Des discussions sont en cours à Vienne afin de tenter de remettre sur les rails l'accord international sur le nucléaire iranien, à la faveur du changement de locataire à la Maison Blanche.

Les Etats-Unis de Donald Trump avaient quitté avec fracas ce pacte en 2018, et rétabli une batterie de sanctions contre l'Iran.

En réaction, Téhéran s'est affranchi peu à peu d'obligations prises dans le cadre de cet accord.

L'Arabie saoudite et les Etats-Unis, d'un côté, et Téhéran, d'autre part, soutiennent des camps opposés au Moyen-Orient, notamment au Yémen, en Syrie et en Irak. Ils s'opposent aussi au Liban et à Bahreïn.

L'Irak, lui, coincé entre l'Iran à l'est et l'Arabie saoudite au sud, tente de devenir un médiateur incontournable --pour éviter de devenir un champ de batailles interposées.