Acclamé par plusieurs dizaines de ses partisans, l'ex-président populiste et ultraconservateur s'est rendu dans la matinée au ministère de l'Intérieur, où ceux qui veulent concourir à l'élection peuvent introduire leur candidature depuis mardi et jusqu'à samedi inclus.

Avant de pouvoir se présenter aux suffrages des Iraniens, tous les candidats devront être validés par le Conseil des gardiens de la Constitution, organe non élu contrôlé par les conservateurs.

La presse iranienne dans son ensemble estime que les chances de M. Ahmadinejad, d'obtenir l'onction des Gardiens sont presque nulles.

L'ancien président, qui se présente comme l'"enfant" du peuple, a averti qu'il boycotterait purement et simplement le scrutin - dont le premier tour doit avoir lieu le 18 juin - "en cas de disqualification" de sa candidature.

"Des millions de personnes à travers le pays m'ont invité à me présenter à l'élection et m'ont même ordonné de venir ici pour m'inscrire, plaçant une lourde responsabilité sur mes épaules", a-t-il déclaré.

"Dernière chance"

Répétant, comme il le fait depuis plusieurs années, que la population a selon lui perdu confiance dans les dirigeants du pays, il a estimé que le scrutin de juin était "peut-être la dernière chance" de sauver la République islamique face aux défis "très sensibles" auxquels elle fait face tant pour des raisons "internes" qu'"internationales".

M. Ahmadinejad a été président de 2005 à 2013. En 2009, la contestation - sévèrement matée - de sa réélection sur fond d'accusations d'irrégularités et de fraudes massives, avait ébranlé la République islamique.

En 2013, il avait dû abandonner son poste à l'issue de son deuxième mandat (comme le président sortant, Hassan Rohani cette année), la Constitution interdisant au chef de l'exécutif d'exercer trois mandats successifs.

L'ancien président avait retenté sa chance lors de la présidentielle de 2017 en déposant sa candidature contre l'avis du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Sans surprise, celle-ci avait été rejetée par le Conseil des Gardiens, chargé du contrôle de l'élection présidentielle.

Au fil des années, l'ancien président est devenu un poil-à-gratter de la République islamique, tenant des propos iconoclastes remettant publiquement en cause la plupart des grandes orientations retenues par ses dirigeants.

En Occident, le nom de M. Ahmadinejad est associé de façon indélébile à la répression meurtrière de la vague de manifestations contre sa réélection en 2009 et à ses déclarations tonitruantes appelant à la destruction d'Israël et niant la Shoah.

"Paix, amour et fraternité"

Celui qui s'était caractérisé par sa rhétorique agressive et ses positions ultraconservatrices et populistes a néanmoins entrepris, après avoir quitté la présidence, de changer radicalement son image, quitte à revenir sur certaines de ses déclarations les plus fracassantes ou à donner des interviews à des médias persanophones basés à l'étranger et considérés comme "hostiles" par les autorités.

Il prône ainsi "la paix, l'amour, la fraternité et la coopération" entre les peuples, mais aussi la "liberté", les "droits humains" et la "démocratie", notamment via son compte certifié Twitter, réseau social qu'il contribua à bloquer en Iran en 2009, et sur lequel il ne communique qu'en anglais.

En février 2018, après une vague de contestation ayant touché plusieurs dizaines de villes au tournant de l'année, il avait demandé dans une lettre ouverte au Guide "la tenue immédiate d'élections présidentielle et législatives libres - bien entendu sans mise en scène".

Autre personnalité ayant déposé sa candidature mercredi, l'amiral Rostam Ghassémi, ministre du Pétrole sous M. Ahmadinejad, et aujourd'hui adjoint au commandant d'une unité d'élite des Gardiens de la Révolution (l'armée idéologique iranienne), s'est présenté comme "simple soldat de la patrie, serviteur du peuple avec un longue expérience dans le domaine du développement".

Il est le quatrième officier général à déposer sa candidature à depuis mardi.

Une vingtaine d'autres candidats, anciens ministres, députés en fonctions ou ex-parlementaires, se sont également enregistrés mercredi, selon des journalistes de l'AFP présents au ministère.

Selon le calendrier officiel la liste définitive des candidats retenus par le Conseil des Gardiens doit être connue le 26 ou 27 mai, et la campagne électorale doit s'ouvrir le 28.