En soirée, cinq roquettes ont visé une base abritant des Américains au nord de Bagdad, la 41ème attaque contre des intérêts américains depuis le début de l'année, autant d'incidents attribués aux pro-Iran par Washington.

Arrêté le 26 mai et suspecté d'avoir ordonné le récent assassinat d'une figure de la contestation antipouvoir, Qassem Mouslah a paradé entouré de ses partisans dans les sanctuaires chiites de Kerbala, sa ville sainte à une centaine de kilomètres au sud de Bagdad, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Les juges ont rendu la justice, ils ont terminé leur instruction et conclu à ma libération", s'est félicité auprès de l'AFP M. Mouslah, l'une des figures les plus proéminentes parmi les pro-Iran en Irak.

De son côté, un haut responsable a dénoncé le rôle des juges dans un des pays les plus corrompus au monde, où les tribunaux sont régulièrement accusés de statuer en faveur de parties ayant versé des pots-de-vin ou bénéficiant de soutiens de partis ou de groupes armés.

"Le gouvernement a présenté toutes les preuves disponibles mais les juges ont décidé de le libérer à cause des pressions qu'ils subissaient", a affirmé à l'AFP ce responsable, sous le couvert de l'anonymat.

"Victorieux" 

Aussitôt après l'arrestation de Qassem Mouslah, les forces de sécurité avaient dû fermer la "zone verte" de la capitale, quartier ultra-protégé où se trouvent le Parlement, les bureaux du Premier ministre et l'ambassade américaine, car les combattants du Hachd en armes l'assiégeaient.

"Des communications téléphoniques au sujet des assassinats entre Mouslah et les exécutants, des messages de menaces aux proches, des témoignages, des explications obtenues en interrogatoire ont été fournis", impliquant M. Mouslah dans les assassinats d'au moins deux militants à Kerbala, Ehab al-Ouazni et Fahem al-Taï, a précisé le haut responsable.

Dans un communiqué, le Conseil suprême de la magistrature a affirmé, lui, avoir établi que M. Mouslah "n'était pas en Irak au moment de l'assassinat de M. Ouazni" et n'avoir obtenu "aucune preuve de son implication".

Mercredi, dans le sanctuaire chiite où les soutiens de M. Ouazni avaient chanté "Iran dehors" et "le peuple veut la chute du régime" il y a un mois autour de son cercueil, M. Mouslah a salué une foule qui l'acclamait.

"Qassem est revenu victorieux", proclamaient des pancartes brandies par des partisans qui jetaient des bonbons.

"C'est une victoire de plus pour le Hachd contre ceux qui le visent d'ici et de l'étranger", s'est félicité Saad al-Saadi, un responsable du Hachd à Kerbala.

Salve de roquettes 

L'Irak a été le théâtre de la répression sanglante (600 morts, 30.000 blessés) d'une révolte populaire inédite fin 2019 et depuis, au moins 70 militants ont été victimes d'assassinats ou de tentatives d'assassinat et des dizaines enlevés, parfois brièvement.

Toutefois, les accusations contre M. Mouslah en cachent d'autres, selon une source au sein du Hachd.

L'homme, haut commandant du Hachd dans l'Ouest désertique, est également accusé d'être lié à des tirs de roquettes sur la base d'Aïn al-Assad qui abrite dans cette région de nombreux soldats américains, affirme cette source.

Mercredi soir de nouveau, cinq roquettes ont visé la base aérienne de Balad, au nord de Bagdad, où des sous-traitants américains entretiennent les avions F-16 irakiens, a indiqué à l'AFP un responsable des services de sécurité. Deux d'entre elles se sont écrasées près de la zone occupée par ces Américains, selon la même source qui a précisé que l'attaque n'avait fait ni victime ni dégât.

Le Hachd a annoncé pour la fin de semaine une importante cérémonie pour son septième anniversaire et des sources au sein de cette coalition laissent entendre que M. Mouslah pourrait tenir un rôle important dans cet événement --officiel puisque le Hachd est désormais une institution étatique.