Les trois Etats européens parties de l'accord nucléaire avec l'Iran ont vertement critiqué, mercredi, la décision de l'Iran de désormais enrichir son uranium à 60%, contre 20% actuellement. La décision iranienne constitue "un développement grave car la production d'uranium hautement enrichi constitue une étape importante pour la production d'une arme nucléaire", ont déclaré de concert la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, cosignataires du plan d'action de 2015 visant à brider le programme nucléaire iranien avec la Russie, la Chine et l'Iran, alors que les Etats-Unis s'en sont retirés en 2018. 

Plus tôt, le président iranien Hassan Rohani avait expliqué que cette décision d'enrichir l'uranium à un taux de 60% constituait une réponse au "sabotage" de son usine de Natanz (à 250 kilomètres au sud de Téhéran), principal centre de son programme nucléaire où ont lieu les activités d'enrichissement. Celle-ci a subi dimanche une explosion qui a causé de gros dégâts dans le système d'alimentation électrique des centrifugeuses (les machines utilisées pour enrichir l'uranium). 

Mille centrifugeuses de plus

M. Rohani a ajouté que l'Iran n'avait pas l'intention de fabriquer une arme atomique. La République islamique a toujours nié vouloir se doter d'une telle arme, arguant d'un interdit moral et religieux. Un enrichissement à 60% lui permettrait toutefois de passer rapidement aux 90% nécessaires pour une utilisation de ce minerai radioactif à des fins militaires.

"L'Iran n'a aucun besoin civil crédible justifiant un tel taux d'enrichissement", ont insisté Paris, Londres et Berlin. L'Iran avait averti mardi l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de cette hausse du taux d'enrichissement, disant en avoir besoin pour des applications de son industrie pharmaceutique. Téhéran a également informé le gendarme nucléaire que "1 000 centrifugeuses supplémentaires d'une capacité de 50% supérieure seront ajoutées aux machines présentes à Natanz, en plus du remplacement des machines abîmées" par l'explosion.

De nouveaux leviers

Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, avait indiqué mardi que le sabotage de Natanz, dont l'Iran accuse son grand ennemi Israël, ne constituerait pas un levier de négociations dans la phase diplomatique de pourparlers qui s'est ouverte la semaine dernière à Vienne en vue de raviver l'accord de 2015 (en réintégrant les Etats-Unis). Ces discussions doivent reprendre ce jeudi, un jour plus tard que prévu, en raison de cette nouvelle séquence de tensions. L'annonce de l'enrichissement à 60 % et de l'ajout de centrifugeuses de nouvelle génération permettent à l'Iran de présenter de nouveaux leviers après le "sabotage" de Natanz qui auraient pu l'affaiblir.

L'Iran n'a pas précisé à quelle date commenceraient ces activités qui marqueraient un pas supplémentaire dans la violation des engagements pris par l'Iran vis-à-vis de la communauté internationale en 2015 pour limiter son programme nucléaire. Mais selon PressTV, chaîne d'information en anglais de la télévision d'Etat, cette mesure sera mise en oeuvre dès mercredi.